C’était le rêve impossible du précédent gouvernement australien : construire une flotte de sous-marins face à celle de la Chine. Mais si le projet de construire 12 sous-marins classiques de grande taille est officiellement toujours la politique du nouveau gouvernement, des experts prétendent que l’Australie ne dispose des capacités nécessaires.

Une solution envisagée cette semaine est de passer à la propulsion nucléaire. Mais la question est de savoir si cela ne remplacerait pas une série de problèmes par d’autres.

La pièce centrale du Livre Blanc de 2009 était une flotte de 12 nouveaux sous-marins, capables de patrouiller au large de l’Asie et équipés de missiles de croisière pour soutenir les troupes américaines dans toute guerre contre la Chine. Ils seraient à propulsion classique et construits en Australie.

Le calendrier est très serré : le premier doit entrer en service au début des années 2020 pour remplacer les 6 sous-marins actuels.

Mais les spécialistes australiens de la construction navale commencent à s’inquiéter de la complexité extraordinaire du projet et du manque de temps qui reste pour concevoir et construire ces sous-marins.

Ils s’inquiètent aussi du fait que l’Australie ne dispose pas des techniciens nécessaires pour réaliser ne serait-ce que les travaux de conception les plus simples.

Un spécialiste britannique de la construction de sous-marin a explique qu’essayer de construire un sous-marin pouvant réaliser les missions souhaitées par le gouvernement australien, sans l’aide d’un pays ayant l’expérience sous-marine nécessaire, est une "mission suicide".

"C’est un énorme risque pour l’Australie. A mon avis, s’ils n’obtiennent pas l’aide de quelqu’un, ce sera un énorme désastre et tout le monde sera très mécontent des retards et des surcouts."

Selon un document recommandant l’utilisation de la propulsion nucléaire, il serait moins couteux d’acheter 10 sous-marins nucléaires qu’il n’en couterait de construire 12 sous-marins classiques.

Mais le spécialiste britannique indique que si acheter une flotte de sous-marins nucléaire est facile à suggérer, c’est très difficile à réaliser et très couteux.

"Sur de nombreux points pratiques, un sous-marin nucléaire serait parfait pour l’Australie, avec son rayon d’action presque infini et sa discrétion. Mais il faudra faire face à d’énormes difficultés politiques."

Pour commencer, le gouvernement devra réussir à convaincre la population d’accepter la propulsion nucléaire.

Le gouvernement américain serait aussi très réticent à autoriser des compagnies américaines de vendre des technologies à un pays non-nucléaire. Obtenir son approbation serait un processus long et compliqué.

"Les Américains ne l’ont jamais fait auparavant," explique l’ingénieur.

"Et s’ils acceptaient, une fois qu’on commencerait à évoquer les vrais chiffres, je pense que cela effrayerait l’Australie. Je ne pense pas que quiconque puisse dire que l’énergie nucléaire puisse être meilleure marché que le classique."

Il semble que le gouvernement a gravement sous-estimé la complexité de son projet de sous-marins classiques, le niveau de compétence nécessaire pour les construire et le temps que cela prendrait.

Pour stocker les approvisionnements, le carburant, les missiles et les autres équipements dans une vaste zone opérationnelle, le nouveau sous-marin devrait être très grand par rapport aux sous-marins classiques existants, "certainement plus grand que ce qui a été construit jusqu’à présent", précise l’expert britannique.

Selon lui, les sous-marins sont plus difficiles à construire que même l’avion le plus complexe ou une navette spatiale.

"Même la NASA dirait que c’est le projet le plus ambitieux qu’on puisse concevoir."

Trouver suffisamment d’ouvriers qualifiés serait déjà en soi un énorme défi.

Dans le livre blanc, le gouvernement garde la porte ouverte à la possibilité de joindre les Américains dans une guerre dans le Pacifique Ouest.

"Ce que le livre blanc décrit, c’est en réalité un sous-marin nucléaire d’attaque. Mais cela ne correspond à aucun sous-marin classique existant aujourd’hui," indique Davies.

"Soit l’Australie choisit de concevoir et construire un sous-marin, très sophistiqué, complexe et probablement plus grand que ceux construits à ce jour, soit elle devra faire des compromis face à ce qu’elle peut réaliser."

La classe Collins pourrait être améliorée en une sorte de Collins Mark II, ce que la marine appelle un "Collins amélioré", qui pourrait faire une partie, mais pas tout, des choses que le gouvernement veut.

Davies explique qu’une possibilité est d’acheter un sous-marin européen existant, de l’assembler en Australie et d’accepter les limitations de capacité que cela implique.

Pour la Royal Australian Navy, les petits sous-marins européens n’ont pas l’autonomie leur permettant de parcourir les vastes distances que les sous-marins australiens doivent franchir.

Davies suggère que, pour dépasser les limitations de l’autonomie, les sous-marins pourraient opérer depuis une base avancée, comme Guam dans le Pacifique ou Diego Garcia dans l’océan Indien.

Il y a aussi de sérieux doutes sur la possibilité de construire les sous-marins à temps.

Il faudrait probablement 15 ans pour concevoir et construire un sous-marin en partant de zéro.

Or, le gouvernement veut que le premier sous-marin soit mis à l’eau au début des années 2020.

Référence :

The Australian (Australie)