La marine espagnole a décidé finalement de faire subir une révision générale à ses 4 sous-marins après le grave accident survenu le 13 décembre dernier à bord du Tramontana, le plus moderne des 4.

Le sous-marin avait subi une voie d’eau au pose central alors qu’il naviguait à 300 m d’immersion près du cap Tiñoso (Murcie), à quelques 15 nautiques (27 km) de Carthagène. Les 60 membres d’équipage n’ont dû leur survie qu’à la chance et à leur habileté après une remontée en surface dramatique.

Bien que l’enquête sur les causes du sinistre ne soit pas encore terminée, on sait que l’entrée d’eau s’est produite au niveau d’un passage de coque qui permet le passage d’un câble électrique au travers de la coque épaisse.

Chaque sous-marin de ce type possède 90 passages de coque. Tous devront être démontés et vérifiés. La marine espagnole a chargé Navantia, qui avait construit ces sous-marins sous licence française, de cette tâche.

Sur les 4 sous-marins espagnols de la classe Agosta, le Tramontana est immobilisé depuis l’accident, pendant que le Galerna est actuellement en grand carénage, une période d’entretien qui dure un an et qui suppose de démonter le sous-marin pièce par pièce. Cette période sera mise à profit pour vérifier les passages de coque.

En ce qui concerne les 2 sous-marins qui étaient opérationnels, des sources de la marine ont indiqué qu’il avait été décidé d’immobiliser le Mistral pour lui faire subir une révision minutieuse. Il sera fait de même avec le Siroco lorsqu’il reviendra des exercices OTAN Active Endevour, à la fin mars ou début avril.

En attendant, le Siroco sera soumis à des restrictions opérationnelles, bien que les mêmes sources soulignent que la participation à ces exercices ne posent aucun risque, puisqu’il n’est pas prévu qu’il effectue des plongées à grande immersion, mais seulement à l’immersion périscopique ou à faible profondeur.

L’accident du Tramontana s’est produit alors qu’il effectuait un essai de plongée à l’immersion maximale, après avoir subi une période de révision. Selon les récits des membres de l’équipage, l’entrée d’eau glacée et à forte pression a provoqué une brouillard dense à l’intérieur du sous-marin. Les matériels électriques ont commencé à tomber en panne. Le commandant, qui avait rappelé aux postes de combat peu de temps auparavant, a ordonné de faire surface à toute vitesse. Mais le sous-marin n’a pas réussi à atteindre les 25° d’assiette nécessaires à la manœuvre, mais seulement 10°. Au bout de quelques instants, il a même commencé à les perdre. Il s’est écoulé 4 minutes dramatiques avant le retour en surface. Ce fut le pire accident survenu depuis plus de 60 ans à bord d’un sous-marin espagnol.

Les passages de coque sont des orifices bouchés par une pièce tronconique, fabriquée dans un alliage d’aluminium et en forme d’entonnoir. Dans l’orifice intérieur, passe un câble revêtu de néoprène. Selon des sources proches de l’enquête, l’eau se serait introduite au travers d’une fissure dans le néoprène. On ignore la cause de la rupture, ni les responsables possibles.

Le Tramontana était entré en 2007 en grand carénage qui avait couté 28 millions €. Pendant les réparations, le sous-marin avait chuté du quai de Navantia à Carthagène. Il s’était arrêté au club de voile local. En apparence, il n’avait subi aucun dégât qui pourrait expliquer ce qui est arrivé le 13 décembre.

Lancé en 1984 à Carthagène, le Tramontana est le plus récent des 4 sous-marins Agosta dont dispose la marine espagnole. Le plus vieux, le Galerna, est entré en service en 1981.

Il est prévu que les 4 sous-marins soient remplacés entre 2013 et 2016, quand ils seront remplacés par les nouveaux S-80. Ces derniers n’auraient pas besoin de passages de coque. Ils seront les sous-marins classiques les plus modernes au monde.

Référence :

El País (Espagne)