Le Brésil ne peut renoncer à son programme de sous-marins nucléaires ni céder aux pressions visant à en révéler les détails

  • Dernière mise à jour le 1er avril 2026.

L’amiral brésilien Alexandre Rabello de Faria, comme de nombreux membres de la Marine, est un spécialiste de la navigation. Depuis 2024, il doit cependant composer avec les méandres de l’administration brésilienne et le contexte international pour mener à bien le plus grand projet militaire de l’histoire du Brésil : la construction du premier sous-marin nucléaire brésilien.

Rabello, comme l’appellent ses collègues, dirige la Direction générale du développement nucléaire et technologique (DGDNTM) de la Marine brésilienne depuis 2024. Il s’efforce de relancer un projet qui aura 47 ans en 2026 et qui, avec la construction de quatre autres sous-marins conventionnels, a déjà englouti près de 40 milliards de réaux depuis 2008.

Au niveau national, le principal point de friction porte sur le budget. En mars dernier, une demande de financement d’un milliard de réaux, formulée par la Marine pour éviter la paralysie du programme, a été révélée.

Selon Rabello, les retards et les réductions de financement ont entraîné plusieurs reports de la date d’achèvement du projet, initialement prévue pour 2024, puis repoussée à 2037.

« Je ne vois pas de risque de paralysie du projet, mais si le niveau d’investissement se maintient, le rythme actuel laisse présager un allongement des délais d’exécution. C’est ce contre quoi nous nous battons », déclare l’amiral dans une interview exclusive accordée à BBC News Brazil.

Actuellement, le projet de sous-marin nucléaire brésilien n’a pas encore été mis à l’eau.

À l’heure actuelle, des techniciens civils et militaires travaillent à l’assemblage du Laboratoire de production d’énergie nucléaire (Lagene), dans la ville d’Iperó, à l’intérieur de l’État de São Paulo.

Conformément aux plans de la Marine, un prototype du réacteur et du système de propulsion sera assemblé à terre. Des techniciens effectueront des essais sur ce prototype afin de vérifier l’efficacité du réacteur et sa capacité à fonctionner en toute sécurité.

Depuis plusieurs années, le Brésil possède la quasi-totalité des technologies nécessaires à ce projet. Le pays dispose de gisements d’uranium, de la technologie d’enrichissement et de transformation du minerai en combustible nucléaire, et développe un projet de réacteur national.

Cependant, tous ces éléments ne sont pas encore intégrés au sous-marin.

Après la phase d’essais à terre, la prochaine étape consistera à construire un nouveau réacteur et un nouveau système de propulsion, puis à les fixer à la coque à la base navale d’Itaguaí, à Rio de Janeiro, pour des essais complémentaires avant la livraison finale.

Le sous-marin nucléaire brésilien est similaire aux sous-marins conventionnels, mais sa propulsion est assurée par un réacteur nucléaire couplé à ses moteurs.

Selon les militaires, il revêtirait une importance stratégique majeure pour la protection des plus de 8 000 kilomètres de côtes brésiliennes. Le sous-marin nucléaire est capable d’atteindre des vitesses bien supérieures à celles des sous-marins conventionnels. Le projet brésilien prévoit que le sous-marin sera armé uniquement de torpilles conventionnelles et non de missiles nucléaires, le Brésil étant signataire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).

Sur le plan international, l’enjeu est de faire progresser les négociations du Brésil avec l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

L’agence veille au respect du TNP et effectue des inspections des programmes nucléaires des pays signataires, comme le Brésil.

Pour que le projet brésilien ne soit pas considéré comme hors du champ d’application de l’AIEA, le Brésil doit parvenir à un consensus avec l’agence sur la manière dont il mènera les inspections nécessaires afin de garantir que le sous-marin nucléaire brésilien ou ses installations ne soient pas utilisés pour la prolifération d’armes ou de technologies permettant la production d’armes nucléaires.

Dans une interview accordée à Folha de S. Paulo en 2024, le directeur général de l’agence, Rafael Grossi, a plaidé pour que le Brésil se soumette à un régime de surveillance strict. Du côté brésilien, la crainte est que ces inspections ne révèlent des informations sensibles sur le projet.

Une solution préconisée par les membres de l’AIEA serait que le Brésil adhère à un protocole d’inspection supplémentaire. L’amiral Rabello, cependant, s’y oppose.

« Je pense que tout ce qui compromet la défense du Brésil ne peut être ni négocié ni accepté par le pays », déclare-t-il.

Aucune date limite n’a encore été fixée pour la conclusion des négociations avec l’AIEA.

L’amiral Rabello estime également que l’évolution du contexte international, marquée par des conflits tels que les guerres en Ukraine et en Iran, renforce l’importance du sous-marin nucléaire pour le Brésil.

« La mer est notre frontière la plus vulnérable. Disposer d’un élément de dissuasion, comme c’est le cas avec le sous-marin nucléaire, confère à ce projet une pertinence accrue dans un monde de plus en plus instable », explique-t-il.

Dans cet entretien, l’amiral Rabello analyse également l’évolution de la politique américaine envers l’Amérique latine.

En décembre 2025, les États-Unis ont lancé leur nouvelle politique de sécurité nationale. Ce document indique que le pays s’efforcera de regagner son influence sur l’hémisphère occidental, où se situe l’Amérique latine.

Dans le même temps, le pays a déployé une partie de sa flotte militaire au large des côtes vénézuéliennes et, en janvier, a mené une opération militaire au Venezuela, arrêtant l’ancien président Nicolás Maduro.

Rabello affirme considérer les États-Unis comme un « partenaire », mais reconnaît que ce changement de position l’inquiète.

« Du point de vue de la Marine, les États-Unis ont toujours été notre partenaire. Mais, de toute évidence, cela soulève des préoccupations politiques. On assiste à une tentative de redistribution du monde, forçant les pays à choisir un camp. »

Dans ce contexte de tensions internationales, le Brésil ne pouvait se permettre d’abandonner ce projet.

« Si l’on considère la défense du Brésil comme un enjeu crucial pour la sécurité de tous, le Brésil ne peut renoncer à cette technologie et à cet atout militaire. »

Référence :

BBC News Brésil