La Chine a transformé un porte-avions obsolète, acheté à l’Ukraine, afin de l’utiliser pour la recherche scientifique et la formation, a indiqué mercredi un porte-parole militaire.

« Le bâtiment n’a pas de problème pour naviguer puisqu’il a déjà été mis à l’eau. La date de son premier départ en mer dépend du calendrier de sa modernisation, » a expliqué le porte-parole du ministère de la défense, Geng Yansheng.

Le programme de porte-avions n’aurait aucune conséquence sur la stratégie de défense de la marine, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Pékin.

« La formation des pilotes embarqués est aussi en progrès », a ajouté Geng.

Il n’a pas précisé qui commandera le Varyag. Le journal officiel de l’armée avait auparavant indiqué que Li Xiaoyan, 50 ans, et Bai Yaoping, 49 ans, étaient généralement considérés comme les candidats les plus probables.

Li et Bai ont tous les deux suivis en 1990 un programme de 3 ans destiné à former les commandants de porte-avions.

L’annonce de Geng est intervenue quelques jours après un article paru dans le Study Times, le journal de l’École du Parti communiste chinois, qui expliquait que le Varyag pourrait bientôt commencer ses essais à la mer.

Paru lundi dernier, cet article expliquait que le porte-avions était « le premier porte-avions d’entraînement de la Chine, le Shilang ». Shi Lang était un amiral du 17è siècle qui a annexé Taïwan pour la dynastie Qing (1644-1911).

Cependant l’agence Chine Nouvelle a indiqué mercredi que le bâtiment n’a pas encore été baptisé.

Il doit recevoir dans un chantier naval de Dalian les dernières adaptations « avant d’appareiller pour sa première sortie en mer », a indiqué l’agence.

L’ex-porte-avions soviétique Varyag, qui était inachevé lors de l’effondrement de l’Union Soviétique en 1991, a été racheté pour 20 millions $ en 1998. L’Ukraine l’a désarmé et a retiré ses moteurs avant de le vendre à la Chine. Le bâtiment, livré en 2002, subit depuis 2005 des travaux de remise en état et de modernisation au chantier de Dalian.

La Chine est le dernier membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU à se doter de porte-avions. Parmi les 4 autres, les États-Unis en ont 11, et la France, la Grande-Bretagne et la Russie en ont chacun un.

En Asie, l’Inde et la Thaïlande en ont chacun acheté un, respectivement à la fin des années 80 et 90.

« La Chine va inévitablement commencer loin derrière le niveau d’expertise atteint par l’Inde, en ce qui concerne les opérations aéronavales et la mise en œuvre d’un porte-avions », avaient écrit en 2006 Andrew S. Erickson et Andrew R. Wilson, professeurs de stratégie à l’US Naval War College.

 Beaucoup à protéger

En tant que premier exportateur mondial, 2è plus grande économie et importateur massif d’énergie, la Chine doit protéger 14.000 km de côte d’îles et une zone maritime de 4,73 millions de km², expliquent des responsables militaires.

Les 9 dixièmes du commerce mondial et 2 tiers du pétrole sont transportés par la mer, montrent des chiffres de l’US Navy.

La Chine est le pays le plus étendu parmi les pays d’Asie-Pacifique. Sa côte continentale mesure 18.000 km de long, à comparer aux 3.219 km de la Thaïlande, les 6.083 km de l’Inde et les 19.924 des États-Unis.

Les zones côtières ne représentent que 14% de la superficie du pays, mais elles abritent 44,7% de la population et génèrent 60% du PIB, selon Xue Guifang, professeur à l’Institut de la Loi de la mer à l’Université de l’Océan, dans la province de Shandong.

Disposer d’un porte-avions est une nécessité pour le pays, expliquent des sources proches de l’armée.

Un porte-avions faciliterait la protection par la Chine de son propre commerce maritime et la participation aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, en tant que puissance responsable, explique Han Bin, étudiant au département des instruments de précision et de mécanologie de l’Université de Tsinghua.

Rappelant l’envoi du plus petit porte-avions au monde, le Chakri Naruebet thaïlandais, lors de plusieurs missions de secours suite à des catastrophes naturelles, Zhang Xusan, ancien commandant adjoint de la marine de l’Armée Populaire de Libération, souligne que les « utilisations non guerrières » des porte-avions jouent un rôle de plus en plus important.

 Un processus lent

La première proposition chinoise pour un porte-avions remonte à 1928. Cette idée avait été présentée au gouvernement de l’époque, le Kuomintang, par Chen Shaokuan, le commandant de la marine chinoise, formé en Grande-Bretagne. Mais elle a été rejetée en 1929.

Chen a fait 2 propositions plus détaillées entre cette époque et 1945. Mais ses espoirs se sont évanouis puisque la guerre, le chaos et la famine monopolisaient l’intérêt de la Chine.

Après la fondation de la République Populaire en 1949, le premier ministre Zhou Enlai et le commandant de la marine, Xiao Jinguang, ont soutenu le développement de porte-avions. Une étude initiale de faisabilité a été menée en 1970, mais il a fallu des dizaines d’années avant que la Chine ne commence à remettre le Varyag en état et n’envisage de construire un porte-avions.

Avant d’acheter le Varyag, la Chine avait acheté 3 porte-avions désarmés pour les étudier. Deux d’entre eux, les anciens porte-avions Minsk et Kiev, ont été transformés en parcs à thème. L’autre, l’ex-porte-avions australien Melbourne, a été acheté comme ferraille et démantelé dans les années 80.

Chen Bingde, chef de l’état-major général de l’Armée Populaire de Libération, a indiqué que la plupart des technologies militaires chinoises étaient similaires à ce que les États-Unis utilisaient il y a 20 ou 30 ans.

Le Gerald R. Ford et le John F. Kennedy, des porte-avions que l’US Navy construit actuellement, disposent d’un nouveau réacteur nucléaire, de catapultes électromagnétiques et de systèmes modernisés de manutention des armes. Le Varyag est un porte-avions diesel de taille moyenne, de la classe Kuznetsov, développé à l’époque soviétique.

De récentes informations indiquent que l’US Navy envisage de retarder la construction du Kennedy en raison de pressions budgétaires croissantes.

« Comme ils sont très couteux, constituer une force de porte-avions exige à la fois de lourds investissements à long terme et l’accès à des technologies avancées, » écrit Swaran Singh, chercheur associé de l’Institut d’Études de Défense indien.

Geng, le porte-paroles du ministère de la défense, a indiqué mercredi que le projet Varyag incarne les capacités de défense de la Chine et va promouvoir la modernisation de l’Armée Populaire de Libération.

Le bâtiment sera équipé de moteurs, de chasseurs embarqués, de radars et d’autres matériels de conception chinoise, a déclaré Cao Weidong, un chercheur de l’Institut académique de recherche de la marine chinoise.

Le porte-avions pourrait embarquer des chasseurs J-15, l’avion de formation JT-9 et l’hélicoptère Z-8, selon des messages postés sur les forums de Xinhuanet, du Quotidien du Peuple et de la Télévision Centrale.

Sa première mission

Les porte-avions constituent des cibles vulnérables et importantes pour un adversaire, explique Li Qinggong, secrétaire adjoint du Conseil chinois pour les Études de politique de sécurité nationale.

Ce sont les principales raisons avancées par les personnes qui privilégiaient le développement de nouveaux types de sous-marins, qui sont bien plus flexibles au combat. L’intérêt du développement d’un porte-avions par la Chine a été l’objet d’un long débat.

Le projet de porte-avions a été retardé de nombreuses fois, et il a fallu des années avant qu’il ne soit approuvé.

« Pour moderniser notre défense nationale et construire un armement et des équipements parfaits, nous ne pouvons pas ne pas envisager le développement de porte-avions, avait écrit en 2004 dans ses mémoires, Liu Huaqing, vice-président de la Commission Centrale Militaire de 1989 à 1997.

Liu, considéré comme le « père des porte-avions chinois », est mort en janvier dernier.

Les débats sur leur utilité et leur rôle « ne sont que la partie émergée de l’iceberg dans les taches croissantes que devront effectuer les porte-avions... C’est pourquoi nous attachons une énorme importance au rôle du premier porte-avions en tant que plateforme de recherche scientifique et la formation », a déclaré Li.

Une des raisons pour lesquelles il a fallu autant de temps aux autorités pour ré-équiper le Varyag et confirmer son statut auprès des médias, a-t-il indiqué, est l’espoir de Pékin que les principales puissances et les voisins de la Chine puissent, avec le temps, comprendre le besoin de la Chine de protéger ses intérêts maritimes sans rendre quiconque nerveux.

La reconstruction du porte-avions est un projet à long-terme et il reste encore beaucoup à faire avant que le bâtiment ne soit opérationnel, a précisé le porte-paroles Geng said.

« A la fois, la surestimation et la sous-estimation du futur porte-avions chinois étaient fausses », a-t-il déclaré.

Référence :

China Daily (Chine)