Dimanche dernier, 4 marins bretons et un enfant de 3 ans ont été pris en otage par les pirates somaliens en océan Indien à bord d’un voilier de 12,50 mètres. Pourtant prévenus des risques qu’ils couraient par une frégate de la marine nationale, ils ont pourtant choisi de poursuivre : “Les pirates ne doivent pas anéantir notre rêve” déclarait en janvier dernier Chloë, la femme du propriétaire du voilier.

Partis en juillet dernier de Vannes pour un tour du monde à la voile à bord du Tanit, un voilier de 12,5 m, afin de “fuir la société de consommation et sa routine”, Florent et Chloë Lemaçon, leur fils Colin et leurs deux équipiers, ont été pris en otage dimanche dernier par des pirates somaliens.

Il faut croire que, dans l’esprit de plaisanciers occidentaux, la libération par la force du Carré d’As l’an dernier et la présence importante des forces navales au large de la Somalie, sont une garantie suffisante pour braver les avertissements.

On aurait pu penser que les 2 attaques survenues l’an dernier sur des voiliers, le Ponant et le Carré d’As, auraient servi d’avertissement. On aurait aimer croire que les plaisanciers éviteraient la région de la Somalie.

Les plaisanciers du Tanit ont même rencontré au cours d’une escale, les ex-otages du Carré d’As. Loin de les dissuader de changer de route, cette rencontre semble les avoir conforté : après tout, ils ne sont pas riches (un chomeur et une RMiste), ils n’ont pas de matériel couteux et les pirates “somaliens n’en voulaient pas à leur vie. Ils désirent d’abord de l’argent.”

Selon le père du skipper, ce sont “des marins confirmés et surtout pas des inconscients”. Pourtant, comment qualifier autrement des plaisanciers qui mettent pourtant ainsi en danger, non seulement leur propre vie, mais aussi celle de leur enfant de 3 ans, et surtout celle des militaires qui vont devoir aller les libérer ?

La presse a d’ors et déjà commencé à dédouaner les plaisanciers : les pauvres plaisanciers innocents n’ont fait que suivre les conseils qui leur ont été donnés. Et pourtant ils ont été attaqués et pris en otage alors que la marine était là. Sous-entendu, maintenant, c’est à elle d’aller les libérer.

En début de semaine dernière, la frégate Floréal avait averti les plaisanciers des risques d’attaque et que les pirates ne se cantonnaient plus aux rivages de la Somalie. Les marins ont été clairs : il faut éviter à tout prix cette région. Surtout lorsque, comme le Tanit, on accumule les risques.

Les conseils donnés aux navires sur le site du Nato Shipping Center sont d’éviter cette zone. S’ils sont contraints de la traverser de façon impérative, il leur est conseiller d’aller le plus vite possible (plus de 15 nœuds), en particulier s’ils ont un faible franc-bord.

Le Tanit accumulait tous les risques : il s’agit d’un voilier très bas sur l’eau, il avançait à une faible vitesse (comme son moteur était en panne, il avançait à la voile entre 2 et 3 nœuds). Et on peut difficilement qualifier un tour du monde de raison impérative de passer par une zone infestée par les pirates.

Il est regrettable que, que ce soit sur mer ou ou sur terre, certains se croient autorisés à passer outre les conseils des véritables spécialistes. Et que, après, ce soient à ces mêmes spécialistes d’aller les tirer du pétrin, sans qu’il n’y ait aucune conséquence.