A l’occasion de la visite du secrétaire américain à la défense, Ash Carter, le 19 décembre dernier, la presse américaine a été invitée à bord du porte-avions Charles de Gaulle. Certains journaux ont voulu montrer à leurs lecteurs les ressemblances et les différences entre le Charles de Gaulle et ses équivalents américains.

Bière, barbes et pain frais à bord du porte-avions français Charles de Gaulle

Sur ce porte-avions, les marins peuvent boire de la bière. Ils peuvent porter la barbe. Et certains peuvent penser prendre leur retraite avec une pension après seulement 15 ans.

Sur le porte-avions Charles de Gaulle, le seul de la marine nationale française, la cuisine est remplie de corbeilles de croissants et de baguettes fraiches. Les salles d’alerte des escadrilles sont en général équipées de machines à expresso et de chocolat noir. Le sol des cabines est recouvert de moquette. Et les combinaisons des marins français sont beaucoup plus stylées que celles de l’US Navy.

Le porte-avions, qui navigue actuellement dans le golfe Persique, a été pour peu de temps le seul porte-avions dans la région de l’US Central Command, où il assure la direction des bombardements quotidiens des cibles de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie. C’est la première fois qu’une armée étrangère prend le commandement des opérations de porte-avions dans la région, connue comme la “Combined Task Force 50”.

Le secrétaire américain à la Défense sur le porte-avions Charles de Gaulle

Le secrétaire américain à la défense, Ash Carter, s’est rendu le 19 décembre à bord du porte-avions, à la rencontre des marins français et de leur commandant.

« Je suis heureux d’être ici, à bord de ce navire puissant, avec des alliés proches comme les Français, » a déclaré le secrétaire devant plus d’une centaine de marins rassemblés dans un hangar du porte-avions.

« Cela nous rappelle que la France est une puissance mondiale, d’une portée mondiale et qu’elle a une réputation mondiale, » a poursuivi Carter.

L’absence pendant 2 mois de porte-avions américains au Moyen-Orient était une première depuis 2007. Elle a pris fin le 14 décembre avec le passage du porte-avions Harry S. Truman par le canal de Suez.

Les marins français sont actuellement très motivés. Ils ont quitté leur port-base de Toulon le 18 novembre, 5 jours après les attaques terroristes à Paris qui ont fait 149 morts et qui avaient été organisées par Daesh et ses sympathisants.

Quelques jours seulement après son appareillage, il a commencé le cycle des opérations aériennes en Méditerranée orientale, lançant de 10 à 15 sorties aériennes quotidiennes et frappant des dizaines de cibles de Daesh en Syrie.

« L’attention s’est concentrée sur la Syrie après les attaques de Paris parce qu’on nous a dit qu’elles avaient été planifiées en Syrie, » explique le capitaine de corvette Lionel, l’officier de presse du navire.

De beaucoup de façons, le Charles de Gaulle ressemble à n’importe lequel des 10 porte-avions américains. Ses coursives étroites sont pratiquement identiques à celles d’un navire de l’US Navy (bien qu’elles portent le nom de rues de Paris). Il est propulsé par un réacteur nucléaire et il est équipé d’une catapulte à vapeur. Ses systèmes d’informations et ses équipements sont interopérables avec ceux de l’US Navy.

Avec 3 brins d’arrêt et des procédures de sécurité standardisées à bord des navires de l’OTAN, un pilote de l’US Navy peut apponter sur le porte-avions français avec son chasseur F/A-18 Super Hornet. Les avions sont entourés par des marins portant des pulls jaune-vif et bleus, les mêmes couleurs utilisées sur les navires américains.

Mais il y a quelques différences importantes. D’abord, c’est un navire plus petit que les porte-avions américains. Avec 261 m de long, il est environ plus court d’environ 20% que les porte-avions de la classe Nimitz qui mesurent près de 333 m de long. L’équipage est d’environ 2.000 marins, comparés aux environ 3.000 membres d’équipage d’un porte-avions américain, auxquels il faut ajouter 2.000 marins de plus avec les escadrilles et les états-majors.

En général, les missions du porte-avions français durent de 4 à 5 mois contre 7 qui sont désormais la norme pour les Américains. Les marins français ont des permissions à terre plus courtes entre les missions.

Le groupe aérien embarqué comprend actuellement 18 chasseurs Rafale. Et il a aussi 8 Super Entendard, un chasseur plus ancien qui doit être retiré du service à la fin de la mission après près de 40 ans de service.

Et peut-être la chose la plus inhabituelle à propos de ce navire, est la présence de 4 bars — un pour les officiers et 3 pour les marins — qui servent de la bière, du vin et des liqueurs.

Dans le bar des officiers, sont accrochées 3 plaques de chrome poli pour Desperado, une bière mexicaine, et 2 pour la bière belge Affligem. Les marins doivent payer. Un verre coute 1,25 €.

« Ce n’est pas un “open bar” aux frais du contribuable français, » explique Lionel, l’officier de presse.

La consommation est limitée à une boisson par jour. Les marins paient en utilisant leur badge, qui est scanné. Le paiement est refusé si le marin essaie d’acheter une 2è boisson.

Les pilotes ne doivent pas boire 4 heures avant de voler et les marins ne doivent pas boire avant de prendre leur quart.

Le bar propose aussi du vin, du champagne et des alcools forts comme le cognac ou du whisky.

Parfois, lorsqu’il n’y a pas de vols, du vin est servi gratuitement dans les mess et à la cafétéria. « Hier, nous avions du vin avec le repas. Nous avons demandé une 2è bouteille, le serveur nous a répondu que nous en avions déjà eu une, » explique l’officier de presse. « Ce n’est pas le “spring break”. »

Certains des marins français portent la barbe, ce qui est interdit dans l’US Navy. Les marins doivent cependant la garder d’une longueur compatible avec le port des équipements de sécurité qui couvrent le visage.

Et ces barbes ne sont autorisées que pour les marins qui les avaient déjà au moment du départ — la laisser pousser à bord est interdit. Les marins sans barbe doivent continuer à se raser pendant toute la mission.

Les combinaisons que portent la plupart des marins français sont différentes de celles qu’on peut voir sur les navires américains. Les uniformes français sont moins amples et semblent avoir une coupe plus ajustée. Des bandes réfléchissantes argentées sont cousues sur la poitrine, les bras et les jambes. Et le nom “Marine Nationale” est marqué dans le dos en lettres blanches.

« Leurs combinaisons sont simplement fraiches que les nôtres, » explique un ancien officier de l’US Navy.

Le système de retraite de la marine nationale est très différent de celui des marins américains.

Les officiers-mariniers peuvent demander une retraite à jouissance immédiate après 15 ans de service, mais le montant de la pension dépend du type de carrière. Les marins qui effectuent des missions fréquentes, auront une pension plus élevée. Les marins qui passent la majorité de leur carrière dans un poste à terre, auront une pension assez faible.

Les officiers doivent accomplit 27 ans de service pour prétendre à une pension à jouissance immédiate, 80% de leur solde de base. En comparaison, les officiers de l’US Navy qui effectue 27 ans de service aurait une retraite de 67,5% de la solde de base.

Dans la marine nationale, la politique de fraternisation est plus libérale. Les relations sexuelles sont interdites en mer, comme sur les marins américains. Mais en général, les marins de grade différent peuvent se rencontrer plus intimement que dans l’US Navy.

La marine nationale est très fière de proposer des opportunités professionnelles aux femmes. « Nous sommes l’armée la plus féminisée en Europe, » explique l’officier de presse. Dans l’armée française, les femmes représentent 15%, le pourcentage le plus élevé en Europe.

Pourtant, les forces spéciales françaises restent interdites aux femmes. L’officier de presse semble sceptique quant à la récente décision de l’armée américaine d’ouvrir les Navy SEAL et d’autres forces spéciales aux femmes. « Sur le papier, tout est possible. Dans la réalité, c’est plus compliqué, » explique-t-il.

Un petit groupe de marins américains est embarqué sur le Charles de Gaulle. A bord, ils sont soumis aux règles françaises. Ils peuvent donc rejoindre leurs camarades au bar.

« C’est agréable une fois que vous avez fini le travail. Cela construit la camaraderie, » explique un lieutenant commander et pilote d’hélicoptère. Il vient de temps en temps au bar prendre une bière ou un verre de scotch.

Sur les navires américains, dit-il, il est difficile de trouver un lieu central de rassemblement, parce que les marins ont tendance à passer du temps dans la salle de préparation de leur unité. Et bien que les officiers se réunissent au mess, ils y mangent et le quittent presqu’aussitôt après.

« Ici, il y a un endroit où tout le monde se rassemble, » dit-il. Mais, ajoute-t-il, « personne ne devient complètement saoul. »

L'analyse de la rédaction :

Dès 2007, NBC diffusait un reportage sur le même sujet : "Sous le bleu, blanc, rouge" (version intégrale). L’ancienneté des bonnes relations franco-américaines et la comparaison entre le Charles de Gaulle et les porte-avions américains.

Référence :

Military Times (Etats-Unis)