Après 4 ans sans collision entre un sous-marin et un navire de surface dans le détroit d’Ormuz, il y en a eu à nouveau une. Le 10 janvier dernier, l’USS Jacksonville — un sous-marin nucléaire d’attaque de 7.000 t de la classe Los Angeles — a laissé une partie de son périscope arraché par un bateau de pêche. Il semble que le bateau de pêche n’ait pas remarqué cet incident survenu à 5 heures du matin. Aucun navire n’a signalé de dégâts. Le détroit d’Ormuz est une voie maritime très empruntée et souvent utilisée par des sous-marins américains, mais ces collisions sous-marines se déroulent aussi ailleurs.

Les sous-marins qui font surface, utilisent généralement leur sonar passif pour détecter les navires à proximité, au moins jusqu’à ce que le sous-marin se trouve à environ 15 m de profondeur. A ce point, le périscope peut être utilisé pour regarder ce qui se trouve autour. Ce n’est souvent pas suffisant pour empêcher une collision.

Pour faire face à ce risque, l’US Navy développe de petites bouées qui peuvent être envoyées vers la surface retenues par un câble (acheminant une source d’alimentation et une fibre optique vers le sous-marin). Ces bouées peuvent être à usage unique ou réutilisables.

Un autre système actuellement en développement utilise un senseur lumineux situé au sommet du kiosque du sous-marin. De jour, il peut capturer des images de la surface alors que le sous-marin se trouve encore à une profondeur de 60 m.

Parfois, la collision provoque de graves dégâts. Au début 2009, le sous-marin USS Hartford était entré en collision avec un navire amphibie, l’USS New Orleans. 15 membres de l’équipage du sous-marin avaient été blessés. Le sous-marin et le navire de surface avaient subi de graves dégâts. L’accident était survenu à 1 heure du matin.

L’enquête avait révélé que l’équipage n’avait pas pris toutes les précautions nécessaires lorsqu’on navigue dans une voie maritime aussi étroite que le détroit d’Ormuz. L’opérateur sonar discutait avec quelqu’un lorsque la collision est survenue. Le navigateur faisait quelque chose d’autre que la navigation tout en écoutant de la musique. L’officier de quart ne faisait pas ce qu’il était supposé faire : surveiller la surface avec le périscope. Au total, l’enquête a constaté 30 erreurs ou écarts par rapport à la procédure.

Les dégâts se sont élevés à plus de 100 millions $. C’est plus que ce qu’avaient couté en 2005 les réparations de l’USS San Francisco, qui avait heurté, à pleine vitesse, une montagne sous-marine.

Déjà 6 ans auparavant, le Hartford s’était échoué pendant un entraînement au large de l’Espagne. L’enquête avait constaté que l’équipe de navigation laissait trop de temps entre 2 mises à jour de la position. La formation et la discipline de l’équipe de navigation n’était pas au niveau requis.

Tous ces accidents font parti d’un problème plus large que rencontre l’US Navy : trouver et fidéliser des marins capables de faire naviguer un sous-marin nucléaire. Les commandants de sous-marins subissent de fortes pressions pour empêcher leurs membres d’équipage de quitter la marine. Mais les longues périodes que passent les sous-mariniers loin de leur famille, provoquent des pressions pour démissionner et prendre un travail civil près de chez soi.

Les sous-mariniers sont très capables et très bien formés. Trouver un travail civil mieux payé n’est pas un problème. Donc les commandants de sous-marin essaient de leur garder heureux, et cela conduit parfois à un affaiblissement de la discipline. Et c’est ce qui explique souvent ces collisions. De nombreux commandants de sous-marins considèrent qu’il s’agit d’un risque calculé, puisqu’ils savent que, en temps de guerre, leur équipage très expérimenté se rassemblerait et ferait le travail. Mais la première priorité d’un commandant de sous-marin, au moins en temps de paix, est la sécurité de son sous-marin. En temps de guerre, la mission passe en premier.

Il y a des précédents à tout ceci. Dans les premiers temps de la 2è guerre mondiale, l’US Navy a dû remplacer la plupart de ses commandants de sous-marins. Ils étaient parvenu à leur poste en temps de paix, en faisant les choses selon les règles et en respectant toujours la procédure.

Mais au combat, il faut des commandants beaucoup plus flexibles, et ce sont ceux qui ont pris les commandes et ont fini par remporter la guerre sous-marine dans le Pacifique.

Référence :

Strategy Pages (Etats-Unis)