Le directeur du programme des sous-marins de la Royal Navy explique que son équipe avait découvert des problèmes de conception, des soucis techniques dans la construction des sous-marins de la classe Astute. Mais il s’est déclaré toujours confiant que le sous-marin entrerait en service comme prévu l’an prochain.

Au cours d’un entretien franc dans lequel il a abordé en détail pour la première fois les défis de la construction des sous-marins, l’amiral Simon Lister a aussi reconnu que la Royal Navy n’aurait pas dû se vanter de la vitesse maximale des sous-marins.

Il n’est pas inhabituel, explique-t-il, que le premier exemplaire ait « une naissance difficile », mais il ajoute que l’Astute est désormais le sous-marin le plus testé de la Navy. L’amiral Lister soutient que des leçons ont été tirées et que des changements ont déjà été apportés aux sisters-ships de l’Astute, qui doivent entrer en service dans les 10 prochaines années.

Il souligne qu’il avait aussi introduit ces modifications dans les plans du prochain SNLE britannique, surnommé le “Successor”.

L’amiral Lister a indiqué qu’il aurait souhaité qu’aucun des problèmes qu’a connu l’Astute ne soit survenu, mais qu’ils avaient été corrigés et que la sécurité n’avait pas été compromise. « J’aurais souhaité que rien de tout cela n’arrive, qu’on puisse acheter un sous-marin comme si c’était une Mercédes sortant d’usine, après 10 ans de mise au point. Mais ce n’est pas le cas. »

« Ce que je peux dire, c’est que notre ambition est de mettre l’Astute en parfait état. Mais on ne peut pas mettre en service un sous-marin, 3 mois seulement après sa sortie du chantier. Un sous-marin nucléaire est une machine complexe, qui utilise de nombreuses techniques différentes. C’est l’un des équipements les plus complexes que l’homme peut construire. »

L’amiral Lister indique que la Navy aurait tort de prétendre que les difficultés rencontrées n’étaient que « des problèmes de jeunesse ». Mais les critiques auraient aussi tort d’enterrer ce qui est le sous-marin le plus moderne de la Navy.

Depuis son lancement il y a 15 ans, le programme a connu de nombreux retards et dépassements de budget.

Le mois dernier, la presse a révélé que l’Astute, qui va terminer une période de 3 ans d’essais à la mer, avait été contraint de faire surface en urgence à la suite d’une voie d’eau, subissait une corrosion interne et avait été équipé de matériels de mauvaise qualité.

Depuis, le Guardian a découvert de nouveaux problèmes. Le ministère britannique de la défense a reconnu des problèmes avec d’importants câbles qui contrôlent le sonar de l’Astute. Lors d’un récent essai, l’Ambush — le 2è exemplaire de la série — a hissé le pavillon “Bateau non maitre de sa manœuvre” — ce qui prouve que, en raison de circonstances exceptionnelles, il n’était pas en mesure de manœuvrer correctement.

Les 2 sous-marins doivent être équipés d’un système de cartes de navigation électroniques, après qu’un rapport sur l’échouage de l’Astute en 2010, ait ordonné la modification.

Les 2 sous-marins ont aussi connu des problèmes de propulsion qui les ont empêché d’atteindre ou de dépasser la vitesse spécifiée par le ministère : 30 nœuds.

On a dit au Guardian que le problème de vitesse maximale affecterait probablement tous les sous-marins de la série, mais la Navy refuse d’aborder le sujet, expliquant que c’est une question confidentielle. Néanmoins, l’amiral Lister soutient que l’Astute n’a pas besoin d’être un sous-marin rapide, et reconnait que le ministère aurait dû prendre plus de précautions lors des discutions sur la vitesse lors de la phase de conception du projet.

« Est-ce que l’Astute est un sous-marin à grande vitesse ? Non monsieur. Nous avons privilégié la discrétion sur la vitesse. C’est un choix opérationnel que nous avons fait, un échange, pour obtenir d’autres capacités. Nous n’avons pas conçu ce sous-marin pour être rapide, nous l’avons conçu pour être suffisamment rapide. Celui qui au ministère, a indiqué que “le sous-marin atteint les 30 nœuds”,n’a pas compris que la vitesse maximale d’un sous-marin est un sujet confidentiel et a oublié “jusqu’à”, qui est la formule traditionnelle. »

« Comme vous nous y avez poussé, nous voulons dire qu’il ira à plus de 20 nœuds, ce que nous pouvons dire avec certitude sans en révéler trop à l’ennemi. Nous ne donnons pas la vitesse maximale parce que cela donnerait un avantage à un ennemi potentiel. C’est un chiffre classifié. »

L’amiral Lister explique qu’il avait identifié 3 sortes de problème avec l’Astute : des problèmes de conception qui ne sont apparus que lorsque les essais ont commencé, des équipements qui tombent en panne ou se brisent trop facilement, et certains problèmes liés à une mauvaise qualité de construction au chantier naval.

« Au cours du programme d’essai qui a duré plus de 3 ans, nous avons identifié des problèmes de toutes sortes. Et nous les avons fait corriger. Est-ce normal ? Où cela se place-t-il dans le spectre d’un gaspillage scandaleux de l’argent du contribuable ? Est-ce ce à quoi nous nous attendions, est-ce le comportement normal lors de la sortie du chantier d’un premier exemplaire ? Vous allez devoir vous faire votre propre idée. Le programme d’essai se déroule comme prévu et le sous-marin entrera en service l’an prochain. »

« Chaque aspect de ce sous-marin a été testé jusqu’à la limite. C’est le sous-marin le plus intégralement testé dans la Navy aujourd’hui. Montrez-moi un chantier naval qui construit un premier de série et je vous montrerai un processus extraordinairement difficile. Je ne pense pas que le niveau de difficulté pour l’Astute ait été supérieur au niveau rencontré pour les premiers d’autres séries de sous-marins. »

Il a souligné qu’il n’avait pas et ne ferait pas de compromis sur la sécurité, même si cela devait conduire à de nouveaux retards dans le programme. « J’achète ces sous-marins, je fixe le rythme, je donne mes exigences au chantier naval, je juge si le produit est assez bien et assez bon. »

« Ma règle est que ce qui dimensionne tout n’est pas la sécurité, mais le temps. Quand le chantier a besoin d’apprendre à faire quelque chose, on assouplit le calendrier pour que l’apprentissage ait lieu. C’est pourquoi l’Ambush est sorti du chantier avec du retard. »

Il ajoute : « le premier enfant a eu une naissance difficile. Nous avons appris ces leçons et tout le développement que nous avons mis dans l’Astute a été ou sera utilisé sur l’Ambush. L’Astute, tel qu’il est sorti du chantier, sera différent du 7è exemplaire, parce que nous avons tiré les leçons de l’Astute. »

L’amiral Lister a précisé qu’il y avait 800 personnes dans son équipe dédiée à l’Astute et 1.000 autres travaillant sur le SNLE qui doit remplacer les Vanguard. Il souligne que la Navy utilise les leçons tirées de l’Astute pour améliorer les plans du “Successor”.

« Ma politique est de tirer parti de chaque leçon que je peux, venant de chaque domaine, pour améliorer les plans du “Successor” et son plan de construction. J’ai des réunions sur le “Successor” et nous essayons de tirer les leçons des autres programmes, dont l’Astute. Voila ce que nous faisons. »

« Je ne peux pas dire que “l’Astute a été un échec et nous ne le referons plus.” Je dis que les leçons tirées de notre expérience quotidienne doit être utilisé pour le “Successor”. L’Astute est un superbe sous-marin et il sera la base de notre flotte sous-marine lorsqu’il entrera en service. »

Référence :

The Guardian (Grande-Bretagne)