L’état-major de l’opération Atalante a mis en ligne sur son site Internet un long texte, manifestement destiné à marquer les esprits de ceux qui pourraient avoir l’intention d’emprunter la mer Rouge et le golfe d’Aden. A la suite du meurtre de Christian Colombo, pour l’état-major de l’opération européenne de lutte contre la piraterie, les plaisanciers jouent avec leur vie, celle de leur équipage et de leur famille. Voici le texte dans son intégralité.

Le Tribal Kat en remorque
© Etat-major Atalante

Christian Colombo, retraité de la marine nationale, et son épouse voulaient réaliser leur rêve. Ils naviguaient pour découvrir le monde à bord de leur voilier, le Tribal Kat, jusqu’à ce que ce rêve soit brisé de la manière la plus traumatisante qui soit.

L’état-major de l’opération Atalante avertit : “Naviguer dans le golfe d’Aden, c’est jouer à la roulette russe”
Un otage menacé par le AK 47 d’un pirate. © Etat-major Atalante

Le Tribal Kat a été attaqué par de présumés criminels somaliens au large du Yémen, alors qu’il transitait dans le golfe d’Aden. Christian Colombo a été tué pendant l’attaque, son corps a été jeté à la mer et son épouse a été enlevée par les criminels présumés. Elle était emmenée à bord d’un skiff en direction de la Somalie lorsque, grâce à la combinaison de la chance, considérant l’énorme zone qui devait être fouillée, et de l’étroite coopération entre la frégate française Surcouf, un avion de patrouille maritime de l’US Navy, et du bâtiment espagnol Galicia, une opération complexe et une opération de sauvetage dangereuse a permis de récupérer Mme Colombo sans qu’elle ne soit blessée.

Le Tribal Kat n’est que le dernier en date des 10 voiliers qui ont été attaqués, et leurs équipages capturés par des pirates somaliens présumés, au cours des 3 dernières années dans le golfe d’Aden et l’océan Indien.

Lors de presque chaque attaque enregistrée sur un voilier, l’équipage a été pris en otage et emmené vers la Somalie où ils étaient gardés à terre, leur voilier étant abandonné. Le voilier Rockall [1] a été entièrement pillé de tout ce qu’il y avait à bord, y compris le moteur.

A terre, le niveau de risque et de privations pour les otages est accru. Ils sont retirés de leur environnement familier et exposés dans un pays difficile au climat chaud et dur. Souvent, les otages sont retenus dans les conditions les plus basiques, c’est à dire sans électricité, sans installations sanitaires, avec de l’eau et de la nourriture de base rationnées. Les pirates déplacent fréquemment leurs otages sans avertissement pour éviter d’être repérés, augmentant le stress et les contraintes pour les otages.

L’épreuve que les otages doivent supporter, peut comprendre toutes les formes de violence. Des mauvais traitements physiques et psychologiques peuvent comporter de la violence physique et des simulacres d’exécution. Dans certains cas, les équipages et les familles ont été séparées pendant des périodes prolongées, exposant les otages au stress de l’incertitude sur le sort de leur partenaire ou de leur enfant. Lorsque des otages ont été séparés, les pirates ont simulé l’exécution d’un ou plusieurs otages avec des mitraillettes, hors de la vue des otages restants pour augmenter la pression pour qu’une rançon soit payée. Tous les otages sont considérés comme très riches et les rançons exigées peuvent s’élever à plusieurs millions $.

En moyenne, les otages des pirates sont retenus pendant plus de 7 mois. Néanmoins, pour Paul et Rachel Chandler du voilier britannique Lynn Rival, leur captivité a duré 388 jours dans le bush somalien. Ils ont finalement été libérés après paiement d’une rançon.

Mais d’autres n’ont pas eu autant de chance. Le plaisancier, époux et père Florent Lemaçon a été tué en avril 2009 lors de la libération du Tanit. En février 2011, les pirates ont tué 4 américains à bord du Quest au large de la Somalie, alors que les forces navales américaines essayaient de négocier leur libération.

Des attaques de pirates très éloignées
© Etat-major Atalante

La présence de bâtiments de guerre de l’opération Atalante, de l’OTAN, de la Coalition et d’autres forces navales, dans le golfe d’Aden a réduit significativement le succès des attaques de pirates dans la région. Néanmoins, il reste une menace sérieuse et croissante d’attaques de pirates entre le sud de la mer Rouge, le détroit de Bab el-Mandeb, le golfe d’Aden, au large de la Somalie et en océan Indien. Cette zone a la même superficie que l’Europe occidentale et il n’y a que 12 à 18 bâtiments dans la zone, avec des missions bien plus prioritaires que la protection des voiliers et leur équipage. Donc en cas d’attaque, la chance d’être libéré est faible.

Pour un voilier, le risque d’attaque de pirates est important : ils opèrent avec un ou plusieurs petites embarcations, souvent plus rapides que le voilier (elles peuvent atteindre 25 nœuds). De plus en plus, les pirates utilisent des armes de petit calibre et des roquettes pour stopper et aborder leur cible. Les attaques se déroulent majoritairement de jour, mais les pirates ont aussi attaqué de nuit. Les pirates sont généralement agressifs, très agités et peut-être sous l’influence de drogue (comme le khat, un stimulant similaire aux amphétamines).

Les voiliers ne peuvent aller plus vite que les pirates et sont dans l’impossibilité d’empêcher l’abordage. Les bateaux de commerce, qui ont des francs-bords plus hauts et peuvent adopter les recommandations pour se protéger, peuvent améliorer leurs chances, mais même ces mesures ne peuvent que retarder un pirate déterminé.

Il n’y a qu’une seule manière sûre d’éviter que votre voilier et votre équipage ne soient capturés : embarquer votre voilier sur un cargo pour traverser la zone à haut-risque.

Sinon, vous pourriez jouer à la roulette russe avec votre équipage et votre famille.

Notes :

[1Un voilier allemand capturé en juillet 2008 par des pirates Somaliens.

Référence :

Etat-major Atalante