Un sous-marin en plongée est peut-être le dernier endroit au monde où il est impossible de recevoir un appel téléphonique, un SMS ou sa dose quotidienne de spam. Mais tout cela pourrait bientôt être terminé, si un programme conduit par Lockheed fonctionne comme prévu.

Les sous-marins naviguent discrètement dans les profondeurs de l’océan pendant des semaines d’affilée, isolé des communications venant de la surface. Seuls de courts messages, à sens unique, peuvent être reçus à des vitesses très lentes, en utilisant des ondes radio de fréquences extrêmement basses (ELF : 3-3.000 Hz) ou très basses (VLF : 3.000-30.000 Hz). Pour que le sous-marin puisse répondre, ou si une communication dépassant les caractères alphanumériques est nécessaire, ils doivent s’approcher de la surface et hisser une antenne au-dessus de l’eau.

“La plupart des gens pensent que nos sous-marins ... peuvent passer des appels téléphoniques quand ils le veulent, sans préavis. Mais nos sous-marins n’ont pas ce luxe,” explique Rod Reints, le responsable du programme conduit par Lockheed Martin, destiné à faire entrer les communications des sous-marins dans le XXIè siècle.

Au centre du programme “Communications at Speed and Depth” se trouve de nouvelles technologies qui pourraient permettre aux sous-marins de se connecter au réseau global du département de la défense, comme tout autre bâtiment de l’US Navy. D’ici quelques années, tous les sous-marins de l’US Navy seront équipés de bouées largables de communication qui permettront des échanges en temps réel, dans les 2 sens, afin de transférer des données et des e-mails.

Cela semble plus simple que d’autres tentatives pour communiquer avec les sous-marins. Jusqu’à il y a quelques années, l’utilisation d’énormes antennes (jusqu’à 100 km de long) ELF et VLF étaient la norme pour les communications avec les sous-marins. A des fréquences si basses, il faut utiliser la Terre elle-même pour générer le signal émis, ce qui explique pourquoi le sous-marin ne peut que recevoir. Les antennes terrestres mesurent plusieurs dizaines de kilomètres et provoquent des plaintes des voisins, craignant les effets possibles sur la santé. Il n’y a qu’une poignée d’émetteurs ELF dans le monde entier, dont 2 aux USA.

Récemment, on a commencé à étudier l’utilisation de fréquences plus élevées, utilisant des équipements plus compacts. Ainsi, le SEADEEP de Qinetiq va permettre des communications dans les 2 sens, en utilisant des rayons laser bleu-vert émis depuis des avions. Le programme Deep Siren de Raytheon prévoit d’utiliser des bouées pour relayer acoustiquement des messages entre un satellite et le sous-marin, mais il ne fonctionne que dans un seul sens.

Comms at Speed and Depth sera le 1er système de communication sous-marine fonctionnant dans les 2 sens. L’immersion à laquelle les sous-marins pourront larguer les bouées est classifiée, mais Reints assure que la longueur du câble des bouées “se mesure en kilomètre. Et c’est assez long pour permettre au sous-marin de larguer la bouée à une immersion importante et de continuer à une vitesse normale pendant sa mission.”

3 bouées sont actuellement en développement. 2 d’entre elles sont reliées au sous-marin par un câble de fibre optique. L’une est équipée pour des communications avec le réseau de satellites Iridium, l’autre pour l’UHF. La 3è est une bouée acoustique - radio sans câble. Elle peut être larguée depuis un avion ou même depuis le sas vide-ordures du sous-marin. Les batteries des bouées avec câble durent jusqu’à 30 minutes. Une fois que les batteries sont vides, la bouée coule. Les bouées non reliées par câble sont conçues pour fonctionner pendant 3 jours.

Les appels téléphoniques sont techniquement possibles avec le nouveau système. Reints explique que, bien que son équipe ait fait un appel d’essai sur Iridium en avril dernier, “les appels vocaux ne sont pas l’objectif principal actuellement.”

Les premières bouées pourraient être livrées à la Navy pour une évaluation opérationnelle en janvier 2011.

Tous ces nouveaux moyens de communication pourraient bien supprimer le ressort de l’intrigue de la plupart des films de sous-marins. A quoi pourrait bien ressembler le scénario du prochain « USS Alabama » (Crimson Tide), si le commandant et son second reçoivent des messages parfaitement clairs de Washington, qu’ils peuvent vérifier en temps réel ?

Référence :

Wired (Etats-Unis)