Craignant le terrorisme trans-frontalier à la suite des attaques du 26 novembre à Mumbai et gardant un œil sur l’expansion militaire chinoise, l’Inde a annoncé cette semaine le projet d’augmenter de 34% son budget de la défense à 30 milliards de $. Elle a aussi confirmé officiellement la semaine dernière que son projet de construire 3 sous-marins nucléaires était presque terminé.

"Les choses sont dans l’étape finale maintenant pour le projet ATV (Advanced Technology Vessel) [des sous-marins nucléaires]. Il y a eu des difficultés [principalement techniques] auparavant ... elles sont maintenant terminées," avait déclaré le 12 février le ministre indien de la défense, A K Antony.

Le projet ATV (Advanced Technology Vessel) fait partie d’un projet de 3 milliards $ destiné à construire 5 sous-marins et constituer ce que l’Inde appelle une "triade" de capacité nucléaire — air, terre et mer. L’Inde développe dans le même temps le missile balistique K-15, qui peut être équipé de têtes nucléaires et être lancé depuis un sous-marin.

Des sources de la défense indienne ont déclaré à Asia Times Online que New Delhi cherchait activement à obtenir une assistance de la France dans la mise en place du projet ATV, et que des ingénieurs russes y participaient déjà. Les sources ont indiqué que les essais à la mer des sous-marins nucléaires devraient commencer ce mois-ci et que les sous-marins devraient être opérationnels d’ici 3 ans.

Le très secret projet ATV de SNLE a commencé à la fin des années 70. La construction des sous-marins se déroule dans une cale sèche secrète à Visakhapatnam, la base navale indienne située sur sa côte est. Des observateurs ont indiqué que les sous-marins sont un ajout important aux capacités de l’armement indien.

Dans un rappel des possibles dangers pouvant venir de la mer, le chef de la marine indienne, l’amiral Suresh Mehta, a averti cette semaine que des terroristes pourraient faire entrer par les ports du pays des bombes nucléaires "sales" puisque les mesures de sécurité adéquates n’étaient pas appliquées. Les terroristes avaient déjà emprunté la voie maritime pour infiltrer Mumbai.

Des sous-marins nucléaires avec leur vitesse, leur puissance, leur autonomie et la durée pendant laquelle ils peuvent rester en mer plus importantes par rapport aux sous-marins classiques, sont efficaces pour des frappes soudaines ainsi qu’une protection rapide et discrète contre toute attaque.

New Delhi est inquiet du renforcement des relations bilatérales de Pékin avec Islamabad, en particulier compte-tenu des récentes tensions sur des projets maritimes comme le port de Gwadar. La Chine renforce aussi ses liens avec le Sri Lanka et le Myanmar pour renforcer son contrôle sur un conflit complexe liant la sécurité et l’énergie qui se déroule dans la région.

Compte-tenu des chamailleries entre l’Inde et la Chine pour le contrôle de l’océan Indien, le gouvernement de New Delhi a mis sous pression la marine pour renforcer la puissance maritime de l’Inde. La Chine a déjà parlé de créer 3 flottes pour patrouiller dans les régions du Japon et de la Corée, le Pacifique Ouest, le détroit de Malacca et l’océan Indien.

Le projet ATV est sous les projecteurs puisque l’autre tentative de l’Inde pour se procurer un sous-marin nucléaire cette année a reçu un coup d’arrêt lorsque la Russie a retardé "indéfiniment" la livraison du sous-marin nucléaire Nerpa de la classe Akula-II, citant des essais à la mer incomplets et un manque d’argent.

De plus, le chantier Amur dans l’Extrême-Orient russe, où le sous-marin est construit, doit encore constituer une nouvelle équipe à la suite d’un accident en novembre au cours duquel 20 membres étaient morts. L’accident avait conduit la presse indienne à décrire le sous-marin comme "maudit".

L’Inde cherche aussi à développer ses capacités de lancement depuis un sous-marin d’armes nucléaires, après avoir obtenu une certaine expérience dans le lancement depuis la terre de missiles balistiques pour les missiles Prithvi et Agni, tous 2 de conception locale.

L’Inde a déjà développé un missile supersonique lancé depuis un sous-marin, une évolution du missile de croisière BrahMos, une réussite auparavant limitée aux seules nations les plus modernes comme les Etats-Unis, la France et la Russie. Des versions navales et terrestres du BrahMos sont déjà en service au sein de la marine et de l’armée de terre indiennes.

La modernisation et la rénovation de la marine indienne sera un aspect important du budget de 50 milliards $ destiné à la modernisation de la défense. Selon le plan, les projets baptisés 75 et 76 prévoient la construction de 24 sous-marins (pour un montant de 20 milliards $) pour répondre aux défis dans l’océan Indien.

En 2007, la construction du très moderne sous-marin Scorpene a commencé aux chantiers Mazgon de Mumbai dans le cadre d’un contrat de 3,5 milliards $ pour 6 sous-marins de ce type. Comme le contrat Scorpene comporte un volet "transfert de technologie", il devrait être bénéfique pour les 2 pays puisque l’Inde obtient de nouvelles technologies et les compagnies françaises obtiennent un accès possible à l’énorme marché indien.

L'analyse de la rédaction :

Il n’a pas été possible d’obtenir confirmation du côté français que l’Inde ait bien demandé un soutien pour la construction de son sous-marin nucléaire ATV.

Référence :

Asia Times (Hong Kong)