La commission d’experts constituée par le ministère argentin de la défense considère que « l’hypothèse la plus probable » de la cause du naufrage du sous-marin San Juan ait été une erreur de manœuvre de la vanne de ventilation baptisée E19 qui a provoqué un court-circuit dans les batteries et le dégagement d’hydrogène qui a entrainé l’évanouissement de l’équipage puis, plus tard, une implosion.

Selon des sources judiciaires, le brouillon de rapport final soutient que la vanne E19 ait aussi pu « être mal fermée » pendant que le sous-marin effectuait une navigation au schnorchel, à l’immersion périscopique, c’est à dire de renouveler l’atmosphère du sous-marin, alors que la mer était très agitée.

Le schnorchel — un gros tube vertical qui est hissé au-dessus du kiosque — est équipé de détecteurs qui, à l’arrivée d’une vague, referment un clapet étanche, empêchant ainsi l’entrée d’eau, et le réouvrent après le passage de la vague.

Avec les moteurs diesel à pleine puissance, quand le sous-marin doit affronter une tempête comme c’était le cas le 15 novembre 2017, le schnorchel se ferme toutes les 30 secondes. La situation devait être devenue insupportable et, dans ce contexte, il est possible que l’équipage ait pris la décision de contourner certaines mesures de sécurité et qu’il ait ouvert momentanément la vanne E19 pour faire circuler plus d’air. Mais en faisant ça, de l’eau a commencé à pénétrer dans le compartiment batteries avant, sur les bornes de connexion. Ce qui a provoqué le court-circuit fatal.

Les membres de la commission sont 2 contre-amiraux en retraite, Adolfo Trama et Alejandro Kenny, et le capitaine de vaisseau en retraite Jorge Bergallo. Ce dernier est le père d’une des victimes, le commandant en second Jorge Ignacio Bergallo.

La version finale du rapport devrait être disponible dans les prochains jours et sera remise à la commission d’enquête du Congrès argentin.

Le brouillon du rapport insiste que, si différentes hypothèses ont été étudiées, « certaines plus probables que d’autres, la réalité est que, à ce jour, personne ne sait ce qui est arrivé au sous-marin », et qu’« il ne s’agit que d’hypothèses probables ».

Une de ces hypothèses est l’« erreur de manœuvre » de la vanne E19 (vanne de ventilation interne) qui pourrait avoir provoqué l’entrée d’eau de mer dans le compartiment batteries avant pendant la navigation au schnorchel, ce qui aurait provoqué un court-circuit et le dégagement d’hydrogène. Une autre hypothèse ne permettrait pas d’expliquer le dernier rapport d’avarie envoyé par le San Juan dans la matinée du 15 novembre. Le rapport envoyé par le commandant du San Juan, le capitaine Pedro Fernández, informait sa base qu’une fois terminée la charge en air — navigation en surface avec le schnorchel —, il reviendrait en immersion pour naviguer sur les batteries et éviter ainsi les conséquences du mauvais temps, à quelques 40 m de profondeur.

La commission a calculé la probabilité de survenue d’« une ignition spontanée » de l’hydrogène. Mais si cet hydrogène a bien pu affecter l’équipage, « il n’aurait pas pu provoquer la rupture de la coque épaisse du sous-marin, » précise le rapport.

Cet incendie spontané aurait bien pu provoquer l’évanouissement de l’équipage, mais il n’a pas fait exploser le sous-marin qui a implosé finalement quand il est descendu, sans contrôle, jusqu’à une profondeur d’environ 600 m. C’est la profondeur de destruction calculée par le chantier naval allemand qui l’a construit.

L’évanouissement de l’équipage l’a empêché d’appliquer les procédures de remontée d’urgence en surface ou d’envoyer un signal de détresse. Il est aussi possible que, pour une raison inconnue, « l’équipage ait perdu le contrôle » du sous-marin pendant le retour en immersion.

Le rapport souligne aussi que l’épuisement physique de l’équipage à cause de la tempête subie par le San Juan naviguant en surface « peut avoir une une incidence très importante sur toute la séquence d’événements qui s’est conclue par le naufrage. »

Selon le rapport, le sous-marin était « en bon état » et le plan de navigation et d’opérations « était en accord avec ses capacités techniques ».

L’état du sous-marin « n’affectait pas sa sécurité nautique et aucune des observations formulées par l’inspecteur naval n’aurait pu avoir contribué à son naufrage ».

Référence :

Clarín (Argentine)