Le ministère britannique de la défense a secrètement interdit que des sous-marins nucléaires, en avarie, accostent dans un loch écossais des Highlands parce que le public pourrait être mis en danger par des fuites radioactives.

Le Loch Ewe, sur la côte nord-ouest de l’Ecosse, pourrait être, en cas d’accident, un mouillage [1] de repli pour les sous-marins nucléaires de la Royal Navy.

Mais des documents internes du ministère révèlent que cette utilisation a été suspendue parce que des exercices ont révélé des failles importantes dans le plan d’urgence. Le ministère a effectué deux exercices pour tester les systèmes d’urgence, en 2005 et 2008 : ils ont montré des “difficultés significatives” pour les deux quais de Loch Ewe, l’un dans le loch et l’autre près d’Aultbea, à proximité d’un dépôt de carburant de la marine.

Ainsi, [au cours de l’un de ces exercices] la police a refusé de rallier le centre de coordination d’Aultbea où se trouvaient les officiers de marine, parce qu’il se trouvait dans la “zone de danger”.

et en raison du risque de contamination associé. Elle a donc installé un centre distinct, plus loin.

Selon le régulateur interne du ministère, le Defence Nuclear Safety Regulator, cela conduit un “système de commandement éclaté” et à des “difficultés” de coordination des moyens d’urgence. Il y avait ainsi des “défauts” voire des “contradictions” dans les informations transmises au public sur la radioactivité, explique le DNSR.

Et rien de clair n’était défini pour amener à terre des sous-mariniers, dont certains pouvaient être blessés, si leur sous-marin était au mouillage dans le loch.

Le DNSR a suspendu le 20 mai 2008 l’utilisation de Loch Ewe comme mouillage pour un sous-marin. Le plan d’urgence ne respecte pas la réglementation en “ne prévoyant pas de mesures adéquates pour la protection du personnel et du public”, précise le DNSR.

Cette suspension est toujours en vigueur, de même que celle d’un autre mouillage, à Broadford Bay sur l’île de Skye.

Ces mesures d’urgence ont été révélées par un consultant nucléaire indépendant, John Large. Selon certains scénarios qu’il a pu consulter, l’équipage du sous-marin pourrait se voir intimer l’ordre de « rallier la côte à la nage », indique-t-il, ajoutant que l’absence de la police au centre de commandement militaire pourrait « rendre vaines les mesures d’urgence ».

John Ainslie, coordinateur de la "Campagne écossaise pour le désarmement nucléaire" précise que " les sous-marins nucléaires ne doivent plus s’aventurer dans les Minches [2] car ils n’y ont aucun mouillage de repli [sous-entendu sûr] si ça ne tourne pas rond".

Le ministère de la défense a indiqué qu’il travaillait à améliorer ses plans d’urgence pour le Loch Ewe. “Jusque là, les sous-marins n’utiliseront pas ces mouillages.”

Notes :

[1Ndt : Le mot mouillage doit s’entendre ici comme un passage « à quai » d’un temps réduit pour assurer une situation nautique « stable » au sous-marin en avarie. La visite des lieux, sur Google, montre des appontements correspondant à ces positions temporaires de repli.

[2Région où se trouvent les lochs considérés.

Référence :

Herald Scotland (Grande-Bretagne)