Les pirates somaliens torturent systématiquement leurs otages et les utilisent comme boucliers humains, a déclaré mardi le commandant de la force navale de l’Union Européenne.

Les pirates ont récemment attaché leurs otages la tête en bas, les ont jetés à l’eau, attachés par les pieds alors que l’embarcation avançait, les ont enfermés dans des congélateurs, les ont frappés et utilisé des liens en plastique autour des parties génitales, a déclaré le major général Buster Howes à l’Associated Press.

"Il y a des manifestations régulières de tortures systématiques," a-t-il révélé. Si des bâtiments de guerre s’approchent trop près d’un bâtiment capturé par les pirates, ceux-ci trainent des otages sur le pont et les frappent jusqu’à ce que le bâtiment s’éloigne, a ajouté Howes.

"Il y a quelques années, ils montraient une grande retenue et plus de respect" envers les otages, a-t-il indiqué, mais désormais "ils ont montré une volonté d’utiliser beaucoup plus rapidement la violence et celle-ci est beaucoup plus forte."

Le récit de la dégradation du traitement des otages est basé sur le débriefing des otages, le renseignement et des discutions avec les armateurs.

Il pourrait y avoir plusieurs raisons pour ce changement de tactique. Comme les rançons ont augmenté, les pêcheurs somaliens qui ont commencé à s’attaquer aux navires, ont été remplacés par des bandits, plus violents et mieux organisés. La présence renforcée de bâtiments de guerre et une meilleure préparation des équipages signifient que les pirates doivent utiliser des méthodes plus violentes pour capturer les navires — par exemple, l’attaquer avec des lance-roquettes — et parfois, encore plus de violence pour parvenir aux équipages qui se sont enfermés dans une citadelle.

Les citadelles, protégées derrière des portes renforcées, disposent généralement de nourriture, d’eau, de moyens de communication et un moyen de contrôler les moteurs du navires. Les membres d’équipage doivent y attendre en sécurité, pendant que leur navire dérive, l’arrivée d’un bâtiment de guerre. Howes explique que, au cours des derniers mois, il y a eu 21 incidents où les pirates ont abordé un navire, ont trouvé l’équipage enfermé dans une citadelle et ont dû abandonner le navire.

"Ils savent que la cavalerie arrive," explique-t-il.

En une occasion, un propriétaire de navire a dit par téléphone à un pirate crédule, que son équipage était parti en vacances alors qu’ils étaient cachés dans une pièce sûre, sous les ponts.

Mais, alors que de plus en plus de navires utilisent des citadelles, les pirates sont devenus plus déterminés à les forcer. Ils ont lancé des roquettes sur les portes à courte distance, utilisé des explosifs, et même mis le feu à 3 navires pendant que les équipages terrifiés étaient cachés sous les ponts, raconte Howes.

La semaine dernière, lors de l’attaque du MV Beluga Nomination, l’équipage s’est caché pendant 3 jours dans la citadelle, attendant désespérément de l’aide. Finalement, les pirates ont forcé la citadelle — on ignore comment — et ont exécuté un membre d’équipage, indique Howes. Deux autres se sont échappés dans un canot de sauvetage et ont passé 2 jours en mer avant d’être secourus par une frégate danoise. Sept membres d’équipage sont retenus par les 2 pirates et il y a 2 disparus, souligne Howes.

Les pirates sont aussi devenus plus violents parce qu’ils ont compris la valeur que d’autres nations place dans les otages, explique Howes.

Les négociations durent plus longtemps puisque les pirates exigent des rançons plus importantes, et torturer un membre d’équipage pourrait être un moyen de mettre la pression sur un armateur pour parvenir rapidement à un accord.

La prise de conscience de la valeur des otages — et pas seulement le navire et sa cargaison — signifie que les pirates utilisent plus fréquemment des navires capturés pour lancer des attaques.

"Cela s’est vraiment développé depuis 6 semaines," a indiqué Howes. Dans les 6 jours qui ont suivi Noël, 11 navires capturés ont pris la mer pour être utilisés comme "motherships".

"Les pirates le font de manière plus délibérée et cohérente" qu’auparavant, indique-t-il.

Utiliser des navires capturés plus gros offre de nombreux avantages aux pirates. C’est plus confortable et plus sûr que de passer des semaines à naviguer sur une petite embarcation. Les navires prennent la mer avec des otages déjà capturés, rendant les bâtiments de guerre pour intervenir, et les équipements du navire — radar et radio — peuvent être utilisés pour repérer une nouvelle proie.

Mais il y a le revers de la médaille : les pirates sont plus faciles à pister, et les navires proches peuvent être avertis de leur présence. Ils ont besoin d’un soutien logistique beaucoup plus importants, souligne Howes. Certains navires piratés ont été abandonnés après avoir épuisé leur carburant. Au cours des dernières semaines, les bâtiments de guerre ont assisté à une tentative infructueuse de transférer du carburant d’un navire capturé à un autre, ce qui laisse supposer que l’approvisionnement en nourriture et en carburant peut être un problème.

Howes déclaré que les marines surveillent les navires à l’ancre pour mieux comprendre comme travaille la chaine d’approvisionnement et où elle peut être vulnérable.

Les pirates retiennent actuellement 31 navires et plus de 700 marins, a-t-il rappelé.

Référence :

La Presse Canadienne (Canada)