La Grande-Bretagne et la France envisagent de conclure un accord selon lequel chaque pays n’aurait qu’un seul porte-avions, le Queen Elizabeth et le Charles de Gaulle, mais pourrait utiliser le bâtiment de l’autre pays au cas où une crise surviendrait pendant que son bâtiment est en réparations.

C’est le début de la soirée lorsque le téléphone sonne dans les appartements privés du palais de Elysée.

Nicolas Sarkozy : Allo.

David Cameron : Ah, Nicolas, comment vas-tu ? C’est David. J’espère que tu es pleine forme.

Sarkozy : David, comment vas-tu ?

David : Bien, bien. Écoute, Nico, je suis désolé de te déranger avec ça, mais est-ce que je pourrais emprunter le Charlie ce weekend.

Sarkozy : Pardon.

Cameron : Le Charles de Gaulle.

Sarkozy. Encore ? Mais tu l’avais déjà pris la semaine dernière. Et il faut que je te dise mon ami, il est revenu dans un sale état. Tes gars ont bu tout notre Bordeaux et rempli la cave avec du vin allemand.

Les cabines ont été laissées en désordre et ils se sont échoués au large de l’île de Skye.

Cameron : Je suis tout à fait désolé, Nico, je te promets que nous te le rendrons dans un état absolument parfait, cette fois-ci. Il rentrera sans une tache.

Sarkozy : Qu’est-il arrivé au Queen Bess ? La semaine dernière, tu avais dit qu’il devait être à nouveau opérationnel maintenant.

Cameron : Ah oui, euh, c’est un peu embarrassant en fait ; on a eu quelques frayeurs.

Sarkozy : Ah, ces conducteurs anglais.

Cameron : En effet. Mais quoi qu’il en soit, nous entendons des bruits de botte du côté de l’Argentine ...

Sarkozy : Les Malouines.

Cameron : Oui, les Falklands. Nous avons de bons espoirs dans l’exploration pétrolière et nous avons besoin de montrer aux Argentins que nous allons défendre nos intérêts. Donc, je pense que nous allons emmener cette veille baignoire dans l’Atlantique Sud.

Sarkozy : Bon, je ne sais pas, David, c’est très difficile. Ça fait un long chemin et je le voulais pour le sommet Franco-Allemand de Kiel le mois prochain. Je prévois d’arriver à son bord.

Cameron : C’est pour le montrer à Angela ou à Carla ? Nico, j’ai entendu parler de jeunes qui voulaient des voitures rapides, mais là, c’est autre chose.

Sarkozy : Je vois, et qu’est-ce qui t’es passé par la tête quand tu l’as demandé en juin pour emmener Samantha pêcher en Écosse ?

Cameron : Ben, tu sais ce qu’ils disent, que toutes les jolies filles aiment un marin.

Sarkozy : Hélas, je ne suis pas sûr que ça soit possible. L’équipage est en grève.

Cameron : Tu plaisantes ?

Sarkozy : Non, j’essaie de repousser l’âge de la retraite des marins à 32 ans. Tu devais te demander pourquoi nous l’appelions un bâtiment d’attaque [1].

Cameron : Écoute Nicolas, j’ai absolument besoin de ton aide. Est-ce que je peux faire quelque chose en échange ? Je pourrais te prêter le HMS Astute pour t’emmener à Kiel. Nous avons réparé la coque et mis un nouveau commandant.

Sarkozy : Je ne veux pas arriver sur un sous-marin. Je veux quelque chose d’imposant. Tu n’as pas d’autre bâtiment de guerre ?

Cameron : Je me suis débarrassé de presque tous. Mais je vais te dire ; un bon copain dirige la P&O. Je pense pouvoir t’obtenir l’Aurora [2]. Ça ne te gêne pas de passer par les Îles Grecques, n’est-ce pas ?

Notes :

[1Jeu de mot intraduisible en français : en anglais, strike signifie à la fois attaque (frappe) et grève.

[2Un bateau de croisière de luxe de la compagnie P&O Cruises.

Référence :

Financial Times (Grande-Bretagne)