Georges Coste avait 91 ans. Il est mort samedi dernier après avoir passé plusieurs dizaines d’années comme agriculteur à Olavarría, une ville argentine de 100.000 habitants située à 400 km de Buenos Aires. Dans son passé, se cachait les jours de la guerre et de la lutte contre le nazisme dans sa France natale.

Georges Coste

Une paire de lignes concises dénudent le décès d’un homme. Ses jours ont pris fin quand les almanachs ont marqué 91 années. La notice nécrologique dit que Jorge Coste a cessé simplement d’exister. Qu’il était né en France. Loin, très loin dans le temps, avaient été imprimées dans d’autres almanachs de vieilles histoires d’audace et d’héroïsme qui ont sûrement nourri pendant longtemps les nostalgies de Jorge Coste. Les jours de la guerre. De sa France natale. Et une vieille poésie de Paul Verlaine. Surtout ces vers initiaux qui disaient « les sanglots longs des violons de l’automne ». Le nom « Jorge Coste » n’identifie pas clairement qui il a été. En vérité, il est né sous le nom de Georges Coste et il a fait partie du débarquement historique en Normandie, qui fut le début de la fin de l’occupation par les nazis.

Il avait à peine 20 années quand il accomplissait son service militaire. La seconde guerre n’avait pas encore éclatée et, un an plus tard, les forces d’Adolf Hitler envahiraient la Pologne, un premier chapitre de l’horreur. Mais, en 1941, le jeune français était démobilisé avec tous les militaires de sa génération et retournait, comme il avait toujours fait, à la culture des huîtres. Peu après, Hitler occupe la moitié de son pays tandis que l’autre moitié restait entre les mains du maréchal Pétain, vieux héros de la Première Guerre Mondiale et collaborateur nazi pendant la deuxième.

Lui et un de ses amis travaillaient pendant des heures dans les eaux de l’Atlantique nord pour pêcher des huîtres. Mais les bombardements allemands devenaient plus fréquents et la vie était très loin d’être paradisiaque. « À cette époque dans le Loire, les allemands avaient une base de sous-marins souterrain, avec des parois en béton très épais. Les Américains ont bombardé le lieu plusieurs fois et la ville a été aussi détruite. Un jour, un avion a été abattu par les allemands et les pilotes ont été secourus par des résistants. Ils leur ont donné des vêtements civils et ils m’ont informée, parce que j’avais déjà décidé d’aller en Angleterre avec les troupes de De Gaulle », avait raconté en avril 1999 Georges Coste, dans sa ferme "El Ombú", dans les environs de Muñoz.

Avec son ami, ils ont trouvé un camion, ils l’ont chargé avec des huîtres et « au milieu, nous avons laissé la place pour les deux Américains. Un de d’eux était très blessé aux jambes. Nous les avons embarqué et avons parcouru 200 kilomètres jusqu’à la côte. Les Allemands nous ont arrêtées deux ou trois fois sur le trajet mais nous avons réussi ».

Ce sont des histoires qui ont été vues de nombreuses fois dans les films, et ce n’était pas de la fiction. Parce que le jeune Georges et son ami avaient l’audace propre de la jeunesse, qui leur a fait monter les américains sur une bicyclette « et nous passons devant les allemands sur la place. Alors que nous passions, je me disais : « à son âge il ne sait pas monter à vélo, quel idiot ».

Dans la nuit, ils se sont embarqués sur un bateau et se sont laissés dériver avec le courant. Le froid était intense et l’Angleterre paraissait inaccessible au milieu de la marée la plus féroce. « À bord ce petit bateau de 6 mètres, nous étions près de 10. Il y avait aussi des gens des services de renseignement de la France et quand nous arriverons à l’Angleterre, les Anglais se sont méfiés de de nous et nous ont mis en prison, en pensant que nous étions des espions allemands ». Après 15 jours de prison — parce que les Alliés croyaient qu’ils étaient des infiltrés nazis —, ils sont libérés et incorporés dans l’armée du Grand Charles, comme ils appelaient de Gaulle.

Entre février 1943 jusqu’au début juin de l’année suivante, il s’est préparé pour le chapitre final. Le grand assaut qui passerait à l’histoire de l’humanité. Pendant ce temps, les nazis dévoraient dans leurs camps de concentration les vies de millions. Enfants, femmes et hommes. Des juifs, des communistes, des gitans étaient dévorés par les machines de mort de Hitler. En Angleterre, dans le même temps, 177 français se préparaient dans des marches rapides et des combats nocturnes au cours d’un terrible mois de février.

Le 1 juin 1944, Georges Coste a senti que son cœur battait plus fort que de coutume quand, à neuf heures du soir, il a entendu à la BBC de Londres « les sanglots longs des violons de l’automne ». Le premier vers du poème de Verlaine était ni plus ni moins que la phrase clef pour annoncer l’invasion à venir. Il s’agissait seulement d’attendre le second vers pour savoir qu’ils étaient prêts pour l’assaut.

À 22.15, le 5 juin, à la BBC, il a pu entendre « blessent mon cœur d’une langueur monotone ». Le second vers de ce poète né cent années auparavant à Metz.

Exactement cinq heures plus tard « nous embarquons dans des vedettes, il faisait nuit et avions une mer légèrement agitée. Nous attaquons le village et, dans mon groupe, nous avons seulement eu quelque 10 ou 12 morts. Quand les autres ont débarqué, les allemands ont commencé à réagir et là en effet il y a eu davantage de pertes ». Il y a eu 3 mois de dure bataille contre les allemands et bien qu’au début, ils n’aient pas eu un grand appui de leurs compatriotes, ensuite, de nombreux autres les ont rejoints, et ensemble ils ont gagné du terrain jusqu’à la capitulation.

Lors de cet entretien, Georges Coste avait déclaré que cela avait été « les meilleures années de ma vie » bien que se réadapter à la vie civile n’ait pas été simple. Trouver à nouveau la saveur à une autre vie. Retourner au travail et aux huîtres. Devoir lutter pour être vivant.

Peu de temps après, de retour en Bretagne, il a rencontré « la demoiselle Pourtalé » qui était venu depuis l’Argentine rendre visite à son parrain. « Nous nous sommes mariés et ma mère n’a pas voulu me rejoindre dans un pays tellement éloigné ». Quelques années plus tard, il a divorcé.

Georges Coste et sa seconde épouse

Puis lors d’un voyage de retour en France, il a rencontré Annick Raveau, sa seconde épouse et compagne jusqu’à la fin de ses jours.

Samedi, à 91 ans, Georges Coste est mort mais, en vérité, il n’est pas mort. Il a été une partie substantielle de la semence qui a repoussé l’horreur et la cruauté. Il vivait à quelques kilomètres de cette ville.

Claudia Rafael

L'analyse de la rédaction :

Georges COSTE , ancien du commando marine N° 4, portait le badge N° 168. Son matricule était 1155 FN 43.

Quelques liens utiles :
- Le Lien, le magazine des fusiliers marins et commandos,
- Sur les traces du N°4 Commando (format PDF) : Partie 1 - Partie 2.

Référence :

El Popular (Argentine)