Une mission secrète de recueil de renseignement menée par un sous-marin australien en 2007 a failli tourner au désastre lorsqu’une vague géante a emporté 5 membres de son équipage au milieu de la nuit.

La vague scélérate s’est écrasée sur le côté du sous-marin HMAS Farncomb, entraînant 5 membres de l’équipage dans les eaux agitées.

Les témoins ont immédiatement compris qu’il ne s’agissait pas d’un accident ordinaire et qu’il ne s’agirait pas d’un sauvetage ordinaire. Le HMAS Farncomb était seul, loin de sa base, participant à une mission secrète de renseignement en Asie.

Ce qui est arrivé ensuite a été gardé secret par la marine australienne pendant plus de 2 ans.

Maintenant, le récit extraordinaire des événements de la nuit du 19 mars 2007 peut être raconté, puisque la marine australienne a confirmé qu’elle allait décerné des récompenses pour bravoure à 3 marins du Farncomb — les premières récompenses de ce type attribuées à des sous-mariniers en une génération.

L’accident est survenu pendant une mission du Farncomb en Asie du Sud-Est et dans le Pacifique Ouest.

Comme de nombreuses missions de sous-marins, ce déploiement de 5 mois a été entre autres une chance d’effectuer des exercices avec l’US Navy à Guam, mais aussi d’effectuer du recueil de renseignement pendant lesquelles les sous-marins se rapprochent des côtes étrangères pour écouter les communications, portant une attention particulière aux réseaux soupçonnés de terrorisme.

Le ministère australien de la défense a refusé la position précise et les activités du Farncomb au moment de l’accident. Il a cependant précisé qu’il se trouvait dans les eaux internationales.

Le déploiement se passait bien jusqu’à ce que les opérateurs sonar du Farncomb remarquent que des filets de pêche s’étaient pris dans l’hélice du sous-marin.

"Nous pouvions l’entendre au sonar — c’était un peu comme un sous-marin avec des cloches," a expliqué Greg Langshaw, responsable du sonar du Farncomb. "Les sous-marins essaient de rester silencieux, donc remorquer des cloches derrière soi n’est pas exactement ce qu’on souhaite."

Le Farncomb ne pouvait pas continuer à faire autant de bruit sans risquer d’être repéré, donc le commandant, le Commander Mark Hammond, a essayé de décrocher les filets en changeant de vitesse et de route. Mais la manœuvre n’a pas réussi.

“Donc la décision a été prise d’essayer de les découper”, raconte Langshaw.

Pour retirer les filets de pêche et réduire les chances de détection, le sous-marin a dû faire surface de nuit.

Par temps calme et une nuit sans lune, le sous-marin a fait surface et ouvert son panneau. Une équipe de 5 marins, dont 2 plongeurs, est montée sur le Pont. Les plongeurs devaient se mettre à l’eau, nager vers l’hélice et découper les filets.

Ils ont commencé à travailler, mais la météo s’est soudainement dégradée, la mer s’est levée et le sous-marin a commencé à rouler.

A l’intérieur, Langshaw pouvait sentier le changement. "La mer était calme comme une piscine. Et en l’espace d’un instant, le sous-marin a commencé à rouler. Puis j’ai senti une grosse vague, et j’ai dit en blaguant à ceux qui m’entouraient : La fête commence."

Langshaw blaguait, mais c’était vrai.

Peu avant que la vague ne s’écrase sur le pont, l’équipe de plongeurs avait reçu l’ordre d’abandonner l’opération à cause du temps qui se dégradait. Mais, alors que les 5 hommes marchaient le pont vers le panneau, ils ont été frappés par le mur d’eau, les jetant à la mer.

Des cris de "Un homme à la mer" ont été entendus dans les haut-parleurs du Farncomb et le commandant a demandé des volontaires pour secourir les 5 hommes.

Langshaw, père d’une fille et sous-marinier depuis 15 ans, a levé la main.

Pendant que l’équipe de secours se préparait à sortir, le Commander Hammond était collé au périscope, utilisant l’équipement de vision nocturne pour essayer de garder la trace des 5 hommes tombés à la mer.

"Dès que nous avons mis le pied sur le pont, la première chose a été de nous protéger nous-même," se souvient Langshaw. "Les vagues s’écrasaient sur le pont, c’est très agité et il y avait beaucoup de vent."

Au travers des embruns, Langshaw pouvait voir que les 5 hommes avaient réussi à nager l’un vers l’autre et qu’ils s’étaient accrochés les uns aux autres, à plusieurs centaines de mètres du sous-marin.

Il a ordonné à l’un de ses camarades, qui était en combinaison de plongée et relié au sous-marin par une ligne de vie, de nager et de ramener un par un les 5 hommes.

"Mais il n’était pas aussi bon nageur que nous l’espérions," indique Langshaw. "Il est parti mais, avec les vagues, il s’est épuisé trop rapidement. Donc nous l’avons ramené à bord en tirant sur la ligne de vie."

Un autre volontaire, Steven Rowell, a alors sauté dans une combinaison de plongée et a sauté à l’eau. Il a nagé dans la nuit noire vers les 5 hommes, et quand il a été à portée de voix, il a commencé à les taquiner d’être tombés à l’eau.

Rowell a atteint le groupe, mis un harnais à l’un d’entre eux, puis nagé de retour vers le sous-marin.

Mais, lorsqu’ils sont arrivés le long du sous-marin, son camarade était trop épuisé pour se hisser seul sur le pont.

"Il avait l’équipement complet de plongée, il était très, très lourd et complètement épuisé," se souvient Langshaw.

"J’ai regardé vers le bas et pensé que je pourrais rendre les choses plus faciles si je lui enlevais le matériel de plongée. Donc j’ai sauté à l’eau et je lui ai enlevé son matériel."

Pendant que Langshaw essayait de déshabiller son camarade épuisé, le sous-marin était secoué par les fortes vagues. Il a été poussé plusieurs fois contre la coque, se cassant une côte.

Lui et Rowell ont finalement réussi à hisser à bord leur camarade épuisé, mais tous les 3 étaient maintent à bout de force et, avec encore 4 hommes à la mer, un nouveau nageur volontaire était nécessaire.

Rohan Pugh s’est proposé. Agé de 40 ans, il est un ancien sauveteur et père de 2 enfants.

Sachant qu’il ne restait plus beaucoup de temps pour réussir le sauvetage parce que le temps se dégradait encore, Pugh n’a pas pris le temps de revêtir une combinaison de plongée.

Il a mis un maillot de bain, est monté sur le pont et s’est mis à l’eau. Il explique qu’il n’a pas pensé 2 fois aux risques.

"Nous sommes tous camarades. On y va et on le fait," dit-il.

A ce moment, les vagues atteignaient 2 mètres de haut et les 4 hommes tombés à la mer, étaient dans l’eau depuis plus d’une heure.

"L’adrénaline m’a poussé," expliqué Pugh. "Il y avait des vagues d’environ 2 m, très hachées et le vent se levait. Pendant que je nageai, j’ai avalé de l’eau — c’était très agité." Il s’est battu contre les vagues avant de réussi à rejoindre le groupe.

"Leur première réaction a été ’Mais qu’est-ce que tu fais là ?’ Je leur ai répondu que j’avais eu envie de nager un peu."

Pugh a attrapé le plus épuisé du groupe et a lentement nagé avec lui vers le sous-marin. Mais les vagues soulevaient le sous-marin de plusieurs mètres, et il devenait dangereux de hisser le marin sur le pont.

"Ca a été intéressant," se souvient Pugh. "Nous avons heurté la coque 2 ou 3 fois, et nous avons appris que l’acier n’est pas flexible, pas autant que votre épaule."

Pugh a finalement réussi à hisser le marin sur le pont, puis est revenu chercher les 3 derniers. Il a donné une ligne de vie à l’un d’entre eux et a demandé aux hommes sur le pont de lentement tirer sur la ligne.

Ceux qui étaient sur le pont ont alors jeté un grand filet de charge sur la coque pour aider ceux qui étaient à l’eau à remonter en sécurité.

Pugh a attrapé les 2 derniers et tous les 3 ont lentement rejoint le sous-marin. "C’était difficile, ça semblait ne jamais finir. Ceux qui étaient à l’eau étaient épuisés, mais ils ont fait leur part."

Finalement, les 3 hommes sont remontés sur le pont. "Je suis remonté sur le pont, et j’ai pensé ’C’était assez intéressant’," raconte Pugh. "Je tremblai un peu, l’adrénaline était encore là, mais tout le monde était heureux."

Les médecins ont soigné les hommes pour des éraflures, mais il n’y avait pas de blessures sérieuses.

Le commandant a ordonné que le sous-marin fasse route vers le port ami le plus proche pour donner un peu de repos à son équipage.

La suite de l’article.

Référence :

The Australian (Australie)