Il y a eu récemment un grand nombre d’articles sur les projets de futurs sous-marins australiens. Selon celui que vous lisez, le nombre de sous-marins à construire passe de 6 à 18, et le budget du projet varie entre 12 et 35 milliards d’AUS$.

Donc, qui a raison ? Comme c’est souvent le cas, la réponse correcte est ’aucune de celles citées’ — pour l’instant. La route vers le futur sous-marin australien est longue, et il y aura de nombreuses décisions à prendre avant que le projet définitif n’apparaisse. En fait, ce projet est un parfait exemple à quel point les projets de défense peuvent être complexes.

Donc, pour l’instant, seuls quelques points sont clairs ; les sous-marins de la classe Collins seront remplacés, le futur sous-marin sera construit à Adélaïde et livré après 2020, et les sous-marins nucléaires sont hors de question. Presque tout le reste doit encore être réglé. Même des questions très simples comme la taille des sous-marins, quelles seront les technologies embarquées et qui va le concevoir et le construire, doivent encore recevoir des réponses.

Les complexités du projet des sous-marins australiens trouvent leur origine dans plusieurs sources, mais elles doivent toutes leur existence à une simple observation : il n’y a aucun sous-marin sur la marché qui ce que veut la marine australienne. Lorsqu’il a décidé de construire les sous-marins de la classe Collins, le gouvernement australien de l’époque a décidé que le pays serait mieux servi en ayant une flotte sous-marine qui pourrait effectuer des patrouilles prolongées à des milliers de nautiques du port-base. Il n’y a aucune indication que cette exigence sera adoucie. En fait, le premier ministre australien a déclaré que les forces navales australiennes seront renforcées afin de jouer un rôle dans une région Asie-Pacifique de plus en plus disputée, dont les pays vont acheter des dizaines de sous-marins au cours des prochaines décennies.

Les sous-marins appartiennent à 2 grandes catégories — les sous-marins nucléaires à long rayon d’action et grande autonomie et les sous-marins classiques à rayon d’action plus court. Les seuls sous-marins qui se trouvent entre ces 2 catégories sont les Collins australiens (dont la conception remonte à plus de 20 ans), la flotte du Japon (dont la Constitution lui interdit d’exporter des armes) et un modèle sud-coréen qui commence à peine à prendre forme. Donc le sort veut que rien sur le marché ne corresponde à ce que veut la marine australienne. Et même si il y en avait, tout combat sous-marin contre sous-marin serait très inconfortablement indécis si les 2 côtés ont acheté leurs sous-marins auprès du même fournisseur.

L’Australie est placée dans la position unique de pouvoir faire mieux que cela. Elle entretient une alliance étroite avec les Etats-Unis, ce qui lui donne accès à des systèmes, des armes et des technologies sensibles. Elle dispose aussi d’une capacité nationale, durement gagnée, d’utiliser ces technologies dans un concept de sous-marin d’origine européenne (le Collins était basé sur un concept suédois). En d’autres termes, l’Australie peut avoir le meilleur des 2 mondes : des systèmes conçus par les Américains pour leur flotte très puissante mais entièrement nucléaire, associés à la technologie ultra-moderne des sous-marins classiques européens. Le sous-marin qui en résulterait pourrait lui donner l’avantage qu’elle recherche.

Mais il y a un équilibre très délicat à trouver. Pour commencer, il y a des difficultés techniques à surmonter lorsqu’on mélange les différentes philosophies de conception. Par exemple, les sous-marins nucléaires n’ont pratiquement aucune limitation de puissance, donc les matériels conçus pour eux ne prennent pas en compte les budgets de puissance qui doivent être finement gérés sur les sous-marins classiques.

Tout aussi important, les Américains et les Européens protègent très étroitement leurs technologies sous-marines et ils ne veulent pas de ’fuite’ (admettez que ce n’est pas un mot très approprié lorsqu’on parle de sous-marin) vers d’autres pays. L’Australie devrait donc gérer avec beaucoup de précaution le processus pour maintenir la confiance des fournisseurs potentiels et leur garantir que leurs secrets seraient en sécurité en Australie.

Donc, où en est actuellement l’Australie ? En gros, à la première étape. Le ministère de la défense a demandé à un certain nombre de bureaux d’étude de proposer un ’concept’, en gros un dessin de haut-niveau de ce à quoi pourrait ressembler le futur sous-marin. Ce concept sera précisé au cours des 2 prochaines années, puis les conceptions préliminaires seront précisées pendant encore 2 ans. Entre 2013 et 2016, la conception détaillée sera développée et la construction ne commencera pas avant (au plus tôt) 2016.

Avant que le concept ne soit entièrement développé, il ne peut y avoir de décision ferme sur le nombre de sous-marins — après tout, comment décider de combien il faut de sous-marins tant qu’on ne sait pas ce que chacun peut faire ? De même, les couts ne seront pas connus avant que le développement soit bien avancé. Et, bien sûr, l’Australie devra disposer des moyens humains nécessaires pour armer et soutenir sa flotte de sous-marins.

Par Andrew Davies, directeur des opérations et des capacités à l’Australian Strategy Policy Institute.

Référence :

ABC News Online (Australie)