Menaces en haute-mer : vision depuis un bâtiment français

  • Dernière mise à jour le 24 décembre 2008.

Des bâtiments de certaines de plus puissantes marines patrouillent le golfe d’Aden, essayant de juguler une épidémie de piraterie qui menace l’une des principales routes maritimes. Installés sur la côte de Somalie, les pirates ont obtenu des millions $ de rançons pour des navires et leurs équipages capturés en haute-mer.

Pendant une semaine, des journalistes de NPR ont embarqué à bord de l’aviso Premier Maitre L’Her de la marine nationale, qui protège les navires de commerce et recherche les pirates.

il peut sembler incroyable que des pirates puissent opérer dans le golfe d’Aden, compte-tenu de l’écrasante supériorité technique des marines modernes avec leurs radars et la surveillance aérienne. Mais la zone est tellement étendue qu’il est possible de naviguer pendant des jours sans voir un autre navire à l’horizon.

En fait, plus de 20.000 navires passent chaque année dans cette région, sur le chemin de la mer Rouge, du canal de Suez et de la Méditerranée.

Le Premier Maitre L’Her fait partie de la mission de l’Union Européenne destinée à lutter contre la piraterie et protéger le commerce. Son commandant, le capitaine de corvette Alexis Beatrix, sait à quel point cela peut être difficile.

"C’est très difficile de déterminer si cette embarcation est un bateau de pêche ou si ce sont des pirates, puisqu’il est très facile de passer de la pêche à la piraterie," explique le commandant Beatrix.

 Ce qui hante les commandants des bâtiments

Beatrix fait sortie son bâtiment du port de Djibouti, une ancienne colonie française située à l’endroit où le golfe d’Aden rejoint la mer Rouge. Sa mission est d’escorter un cargo affrété par le Programme Alimentaire Mondial pendant qu’il livre de l’aide alimentaire au port de Bossaso sur la côte nord de la Somalie.

Le Premier Maitre L’Her est un bâtiment de guerre léger, plus petit qu’un destroyer américain, mais son armement est très complet, depuis la mitrailleuse aux missiles Exocet.

Au deuxième jour de mer, le commandant entraîne ses canonniers, tirant sur des ballons jetés à l’eau.

Ce n’est pas que le commandant Beatrix s’attend réellement à ce que les pirates avec leurs armes de petit calibre sur leurs embarcations rapides s’attaquent à un bâtiment de guerre. Mais il explique que ce qui hante les commandants des bâtiments dans la région est le spectre de l’USS Cole, qui a subi une attaque-suicide dans le port d’Aden en octobre 2000, une attaque terroriste qui avait tué 17 marins américains.

"Ce qui est arrivé à l’USS Cole pourrait arriver n’importe où dans le monde," indique le commandant Beatrix. "Ce n’est pas une attaque très difficile, mais très, très efficace, bien sûr, comme nous le savons."

Alors qu’ils sont surpassés en armement et en hommes, les pirates ont mené certaines attaques très audacieuses. La plus spectaculaire cette année a été le détournement d’un supertanker transportant pour 100 millions de $ en pétrole saoudien et le détournement d’un cargo ukrainien transportant une trentaine de chars. Les 2 navires et leurs équipages sont retenus depuis plus d’un mois pendant que les négociations continuent. Au total, les pirates ont détourné plus de 40 navires cette année, obtenant des rançons totalisant plusieurs millions de $.

 Une rencontre navire contre navire

Au matin du deuxième jour de mer, l’aviso rencontre un dhow de style arabe, un navire en bois avec un arrière élevé, utilisé par les pêcheurs et les commerçants qui naviguent entre la Somalie et le Yémen.

"Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’il remorque un skiff. Cela pourrait faire de lui un navire-mère avec un skiff équipé pour une attaque pirate — peut-être," indique le commandant Beatrix.

Lorsque les marins ne peuvent contacter le navire par radio, le commandant en second utilise un haut-parleur très puissant pour demander au capitaine du navire de s’identier et le pays d’origine de son navire.

Le navire ne répond pas. Le commandant envoie donc une équipe de visite — une embarcation avec des commandos français pour inspecter le navire. Le commandant en second essaye de rassurer le capitaine du dhow que l’aviso n’a pas d’intentions hsotiles : "Bateau de pêche, bateau de pêche, c’est une visite amicale, visite amicale."

Le bateau se révèle être un petit cargo, transportant du carburant pour les bateaux de pêche. Les commandos ne trouvent aucune arme, ni aucun moyen sophistiqué de communication qui pourrait être utilisé pour contacter les bases de pirates à terre.

Le commandant Beatrix rappelle ses commandos à bord pour être prêt à répéter le processus encore et encore au cours des prochains jours, fouillant la mer à la recherche de petits navires anonymes, dont n’importe lequel pourrait transporter des pirates.

Source : NPR (Etats-Unis)