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Le bâtiment-phare de la flotte militaire française, le navire-amiral de la marine nationale, le joyau, le fétiche, l’indépassable, l’unique, le prototype — ce parapluie stratégique mobile, ce morceau de souveraineté nationale ambulant, à qui la droite française a tenu à donner le nom du Grand Charles (comme elle l’a imposé aussi à la place de l’Etoile-Arc de Triomphe ou à l’aéroport de Roissy, et à un nombre incalculable d’artères et de monuments dans les provinces), celui-là qui fait l’orgueil des politiques, des marins, des atomiciens… vient de rater de quelques jours son grand départ vers l’exotique Océan Indien, et vers les tourments afghans. Sa première sortie opérationnelle depuis une immobilisation de trois ans, devenue peau de chagrin… sauf pour ceux qui auraient préféré que le méchant bâtiment, avec ses terribles Rafale et son feu nucléaire, aille prématurément s’abîmer sur les grands fonds marins, comme récif artificiel, hangar à poissons, rond-point des illusions perdues.
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Le Monde Diplomatique
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