Plus d’un an après une collision qui avait arraché la partie supérieure du gouvernail et endommagé la coque, le sous-marin américain Montpelier est toujours en réparations au chantier naval Newport News Shipbuilding. Les travaux, qui ne devaient durer que quelques mois selon les premières prévisions, se sont révélées beaucoup plus compliquées et coûteuses. Désormais, il n’est pas prévu que le sous-marin reprenne la mer avant avril 2014.

Le sous-marin USS MONTPELIER après sa collision avec le croiseur SAN JACINTO
Il n’y a aucun signe du gouvernail, qui normalement devrait dépasser de la mer à l’arrière du sous-marin.

Il a fallu reconstruire complètement le mécanisme du gouvernail et remplacer un gros morceau de coque épaisse au-dessus de la salle des machines.

« Je ne me souviens pas d’une autre collision qui ait touché directement le gouvernail, » indique le contre-amiral Michael Jabaley, directeur-adjoint des sous-marins au Naval Sea Systems Command. « Ces réparations ont concerné de nombreuses choses que nous n’avons jamais fait auparavant. »

Le 13 octobre 2012, le sous-marin nucléaire d’attaque de la classe Los Angeles participait à des exercices avec le croiseur San Jacinto au large de la Floride lorsqu’il a été heurté par la proue du croiseur en remontant à l’immersion périscopique. Le sous-marin a essayé de replonger, mais l’arrière a été écrasée par le dôme sonar du croiseur.

« Il y a en fait eu 2 impacts importants entre le San Jacinto et le Montpelier, » explique l’amiral Jabaley.

« Le premier s’est produit à l’arrière tribord de la salle des machines, provoquant un enfoncement assez significatif dans la coque épaisse » — la partie du sous-marin qui protège l’équipage, le réacteur et la plupart des équipements de l’eau de mer.

« Il y a eu un rebond, puis un 2è impact au voisinage du gouvernail. Le choc a arraché la partie supérieure du gouvernail et désaligné la partie inférieure. Lorsque la partie restante du gouvernail bougeait — à chaque fois que le sous-marin devait changer de cap — , elle frottait contre le carénage de la coque. »

La force de l’impact a aussi provoqué une fissure dans le carénage qui a cet endroit protège les ballasts et des espaces remplis d’eau de mer.

Aucun dégât n’a été subi par le réacteur nucléaire du sous-marin, a souligné l’US Navy.

Des plongeurs ont inspecté le sous-marin, alors qu’il était à la base de Kings Bay. Dans un premier temps, il a paru que les réparations de l’USS Montpelier ne prendraient que quelques mois. Le sous-marin devait partir en mission peu de temps après les exercices.

Mais, lorsque le sous-marin est entré en cale sèche quelques semaines plus tard au chantier naval de Newport News, l’étendue réelle des dégâts est clairement apparu.

« En cale sèche, on s’est aperçu qu’il y avait un enfoncement significatif de la coque épaisse, » explique l’amiral Jabaley. « Et il y avait 2 autres zones ayant subi des dégâts au niveau du carénage du sous-marin. Tout cela a fortement augmenté l’étendue des travaux que nous devions faire. »

L’enfoncement est relativement peu étendu — profonde de moins d’une dizaine de cm au plus — mais il s’agit d’un problème grave. « La force d’un sous-marin en terme de résistance à la pression de la mer, ou de chocs comme l’explosion d’une mine ou d’une torpille, provient de la circularité, » indique l’amiral Jabaley. « Nous avons des spécifications très précises pour nous assurer que la coque épaisse est aussi proche que possible de la circularité parfaite. Dans ce cas, l’enfoncement faisait pratiquement 7,6 cm de profondeur, dépassant largement les limites que nous autorisons. Il a donc fallu remplacer complètement une grande section de la coque épaisse pour que le sous-marin puisse naviguer à nouveau. »

« Ce n’est pas facile de découper cette section, de la remplacer par une autre et de la souder pour retrouver une circularité aussi parfaite que possible. »

L’enfoncement mesurait environ 3,6 m sur 1,8 m. Mais le chantier a remplacé une section d’environ 5,3 m sur 3,5 m. « Il faut aller bien au-delà de l’enfoncement pour être sûr d’avoir remplacé toute la partie affaiblie, » explique l’amiral Jabaley.

Les réparations ont été rendues plus difficiles encore par l’emplacement de l’enfoncement : juste au-dessus de la salle des machines, une zone densément occupée par des machines très complexes.

« C’est un endroit de la salle des machines où il y a de nombreuses interférences, » indique l’amiral Jabaley. « Tous les équipements proches de la coque ont dû être protégés — démontés dans la plupart des cas — pour permettre le remplacement de cette section de la coque épaisse. Puis une section de remplacement devait être fabriquée et mise en place. »

Avec son long passé de réparation des sous-marins, l’amiral ne se souvient pas d’avoir effectué une telle réparation.

Remettre en état l’assemblage complexe du gouvernail représentait un autre type de défi.

« Le gouvernail est conçu avec un gros anneau au milieu, pour que l’arbre d’hélice puisse le traverser, » indique-t-il. « Nous avons dû enlever l’arbre afin de réparer le gouvernail. Il n’a pas fallu simplement remplacé la partie supérieure qui avait disparu. Nous avons dû enlever complètement tous les éléments. »

Plutôt que de fabriquer un nouveau gouvernail, les parties nécessaires ont été prélevées sur un sous-marin désarmé, le Salt Lake City.

Le carénage près du gouvernail avait aussi besoin de réparations.

« Remettre complètement en état le gouvernail — fabriquer certains éléments, en récupérer d’autres sur un sous-marin désarmé, les rassembler et les faire fonctionner selon les tolérances requises à la fois pour les performances hydrodynamiques, le contrôle du sous-marin, la discrétion acoustique, toutes les exigences très strictes que nous nous fixons à nous-mêmes — tout cela est une tâche très difficile, » souligne l’amiral Jabaley.

Alors que le contrat initial des réparations s’élevait à 32 millions $, la facture finale devrait se monter à environ 60 millions $, a-t-il précisé.

Les réparations du croiseur San Jacinto ont été plus simples et n’ont pris que quelques mois. Le croiseur a été déployé en juillet et se trouvait récemment en mer Rouge.

Référence :

Defense News (Etats-Unis)